Manneken-Pis et les grèves
Déc07

Manneken-Pis et les grèves

J’y étais ! Allons, Manneken, de quoi tu parles encore une fois. De quoi je parle ? Mais des grandes grèves générales de 1960. Oui ? Et alors ? Oui, 1960 C’était Gaston Eyskens, notre Premier Ministre. Et c’était pour quoi qu’on faisait la grève ? Hé bien, c’était les Wallons qui voulaient plus d’autonomie. Comme ce que veulent les Flamands maintenant ? Exactement. Et on a eu une grève générale qui a duré six semaines. Et qui a fait quatre morts. Och gaarne ! Et on a déjà tout oublié. Awel, raconte une fois. C’est bien simple. Tout le monde était sur la rue. Tous les magasins étaient fermés. Plus rien ne fonctionnait. Et même, je vais te dire, la gare des Guillemins à Liège a été saccagée. Et tu faisais la grève avec eux ? J’étais au premier rang. Mais maintenant, je ne ferai plus la grève. Ah bon ? Et pourquoi ? Mais on ne fait plus la grève comme il y a cinquante ans. Maintenant c’est tout différent. Ah bon ! Tu vois, dans le temps quand on faisait la grève des chemins de fer, il y avait un piquet de grévistes à l’entrée de la gare, et aucun train ne circulait. Oui, c’est normal. Mais non. Maintenant c’est dépassé. On ne fait plus la grève des chemins de fer ? Bien sûr qu’on fait la grève des chemins de fer, mais c’est beaucoup plus simple et beaucoup plus radical. Et en plus, l’Etat y perd une fortune, et les voyageurs ne sont plus pris en otage. Magnifique ! Mais raconte un peu comment ça marche. Mais Marieke, au lieu de faire arrêter les trains, il faut au contraire les faire rouler normalement, en respectant les horaires. Tu rêves encore une fois, Manneken. Pas du tout. C’est toi qui ne réfléchis pas. Ce ne sont pas les machinistes, ni les convoyeurs qui doivent faire la grève. Il suffit que les employés des guichets soient en grève. Alors, pour les voyageurs, il n’y a aucun problème. Ils entrent simplement dans les wagons, et le train est parti. Sans billets ? Oui, sans leur billet, puisqu’ils ne peuvent pas en avoir. Mais c’est toute perte pour la SNCB, ça. Évidemment. Mais la SNCB ne fera pas partir un train avec des voyageurs sans billets. Et alors ? Ça n’est pas mon problème. Si la SNCB empêche les voyageurs de partir, alors c’est la SNCB qui fait la grève des chemins de fer et qui prend les voyageurs en otage. Manneken, tu es génial...

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Manneken-Pis et le troisième homme
Nov11

Manneken-Pis et le troisième homme

La question est tombée d’une manière brutale. – Mais qu’est ce qu’il se passe donc ? – Quoi donc, Marieke ? – Eh bien, Manneken, c’est que de plus en plus de gens se plaignent. – Oui, c’est bien vrai. Et c’est très bien ainsi. Je dirais qu’il faut que les gens se plaignent. Et plus il ya de gens qui se plaignent, moins de gens se plaindront. – Allez bon. Qu’est ce que tu racontes maintenant encore comme inepties. – Mais non, pas du tout. Si les gens se plaignent, c’est avant tout parce qu’ils recherchent le troisième homme. – Le troisième homme ? Mais on est sept milliards d’habitants sur la terre, et on doit trouver le troisième homme dans ce paquet ? – Je vais essayer de te faire comprendre. Je pense qu’il ne faudra pas six mois avant que n’arrive la Révolution. On marchera contre Wall Street, contre la BCE, contre les Parlements. Les gens vont tout bousculer, renverser, démolir. Ca va toucher toute la planète. Le Tiers Monde demandera justice. Les petites gens demanderont justice. Darfour demandera justice. L’Irak demandera justice. Il n’y a pas un peuple, une ethnie, qui ne demandera justice. – Je vois. – La Grande Révolution balayera tout sur son passage. Elle balayera les Eglises et les Temples, les Ecoles et les Universités, le Capitalisme et le Socialisme. Elle balayera l’Ordre établi, comme elle balayera la Richesse. – Oui, et après ? – Justement, après il y aura le chaos. Et il faudra tout recréer. Mais il manque le troisième homme. – Le troisième homme ? Orson Welles ? – Mais non, Marieke. Ce n’est pas un film. Chaque révolution amène une période de manipulateurs, de revanches, de désillusions. Il suffit de se souvenir de la révolution française, et de la Terreur. On a encore en mémoire les tribunaux d’exceptions, et la conspiration du Luxembourg. On a décapité la noblesse et l’élite. – Vraiment, tu me fais peur, Manneken. – Et quand il s’agira de reconstruire, où trouverons nous les gens capables ? Tout le monde pourra exprimer des idées, c’est très facile. Mais combien de gens sensés, et connaissant ce qu’il faut savoir, seront encore sur le bateau ? – Alors ce sera l’heure de la cacophonie ? – La cacophonie, si tu veux, mais plus grave encore, ce sera la tempête. Et dans un bateau en pleine mer, dans cette tempête sans précédent, il doit être là, le troisième homme. Celui qui pourra ramener l’ordre, calmer les flots et amener la quiétude. – Mais alors, où est-t-il, le troisième homme ? – Il n’est pas dans le paquet...

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Manneken-Pis et les banques
Oct12

Manneken-Pis et les banques

J’ai été convié, moi, Manneken-Pis, à participer à la réunion des banquiers de l’UE. J’ai donc réservé une suite à l’Hôtel des Trois Doges, le long du Grand Canal, avec vue sur le Pont des Soupirs. Pourquoi une suite ? Bien sûr pour pouvoir organiser des rencontres et des discussions serrées entre les différents représentants des grandes banques. J’ai fait des rencontres par groupes linguistiques, des rencontres par groupes bancaires, des rencontres par pays. Un de ces pays (je crois même que c’était la Belgique) m’a donné bien du fil à retordre. Et pourquoi ai-je demandé une suite avec vue sur le Pont des Soupirs ? Eh bien, tout simplement pour y voir passer les banquiers « au dessus de tous soupçons » qui ont entraîné l’ensemble du monde financier dans cette crise. Car ils seront jugés par le « Tribunal des Indignados », récemment constitué, et qui a son siège dans la Cité des Doges. Ceci dit, après plus de cinq cents jours d’âpres discussions, souvent terminées au petit matin, je suis enfin arrivé à sauvé une banque. Que dis-je ? Non pas une banque, mais toutes les banques. Oui, je suis parvenu à un accord pour refinancer toutes les banques de l’UE. Mais ça a été dur, avec des périodes d’accords sur un point, des périodes de blocage sur un autre. Avec des rapports intermédiaires présentés au Gouverneur de la Banque Centrale du Vatican. Mais on y est arrivé. Quelles mesures ont donc été prises ? Je me suis basé sur le fait qu’il y avait près d’un million d’agences bancaires dans l’UE. Des simples agences de quartier. Et puis, il y avait près de quatre cents milliards d’euros de valeurs « douteuses » qu’il y a lieu d’effacer. Donc si chaque agence bancaire débourse 400 000 €, toutes les valeurs douteuses seront effacées. Et les marchés financiers pourront reparti sur une base saine. Ca a évidemment été la pierre d’achoppement qui a été un obstacle de taille. – Certaines petites agences auraient bien du mal à sortir une telle somme. – Pourquoi ne pas demander cinq mille euro à chaque client ? – Pourquoi ne pas imposer un montant de un euro pour chaque opération bancaire ? – Pourquoi ne pas demander à la Fed de dévaluer le dollar ? Je ne voulais pas que ce soit encore une fois les particuliers qui y perdent. Ils ont déjà assez souffert de la crise de 2008. Et puis, je n’avais pas le bras assez long que pour obliger l’administration Obama de prendre ce genre de mesure. Finalement on a opté, à l’unanimité moins une voix, (je crois que c’était celle de...

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Manneken-Pis et la SNCB
Sep26

Manneken-Pis et la SNCB

J’ai été surpris quand on m’a contacté au sujet de la gestion de notre Société des Chemins de Fer. Il faut croire que quelqu’un de haut placé a appris que j’ai assisté au Congrès des Chemins de Fer, début septembre. Bon, j’ai été reçu par le Directeur Adjoint faisant fonction, étant donné que le Directeur en titre était indisponible. – Donc, Manneken-Pis, on doit faire des économies draconiennes, et cela entrainera des suppressions de petites gares, et des guichets, ainsi que des lignes de trains peu rentables. – Je vois, Monsieur Le Directeur Adjoint faisant fonction. Mais laissez-moi vous dire que vous n’êtes pas sur la bonne voie. – Que veux-tu dire par là ? – Je veux dire que vous êtes mal aiguillé, et que cela vous mènera sur une voie de garage. – Ah bon ? – Mais oui. Il ne faut pas supprimer les petites gares. Il ne faut pas faire dans la dentelle. Il faut carrément prendre le mal à la racine. – Je ne te suis pas, Manneken. – S’il faut faire des économies, il faut supprimer les grosses gares. Les plus grosses. – Ah bon ? – La gare de Bruxelles Midi en premier lieu. La gare du Nord ensuite, et la gare Centrale pour terminer. – Euh… Et les voyageurs, comment arriveront-ils alors ? – Ils arriveront par les petites gares autour de la ville. Et de là, ils ont des métros, des trams et des bus à leur disposition. On peut aussi envisager des vélos en libre service. – Mais… – D’ailleurs les parkings existent déjà, près des stations de métros tout autour de Bruxelles. C’est dire qu’on y avait déjà pensé. Mais on a encore d’autres solutions. – Ah bon ? – Oui. Il faut supprimer tous les guichets. On ne doit plus avoir de guichets en Belgique. – Là ça me dépasse… – D’abord il y a toujours des files. Mais ce n’est pas la raison. On économisera ainsi des montants importants. – Et comment les voyageurs auront-ils leur billet ? – Mais, Monsieur le Directeur Adjoint faisant fonction, nous sommes tout de même dans l’ère de l’informatique. Il suffit de mettre une cinquantaine de machines à billets dans les gares. Et puis il y a aussi les journaux. – Hein ? – Mais oui. Les Journaux gratuits qui sont déposés dans les gares. Il est normal de demander à l’éditeur de ces journaux de payer les frais d’entreposage, mettons 1 € l’exemplaire. Et puis il y a les WC. – Les WC ? – Oui. En général, dans les lieux publics, on demande 20 cents pour leur utilisation....

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Manneken–Pis et la petite souris SAS
Sep07

Manneken–Pis et la petite souris SAS

J’ai été bien surpris, il y a peu, de voir une souris trotter dans ma chambre. J’aime bien les animaux, mais tout de même, dans ma chambre, je trouve que ça coupe l’intimité. Que venait-elle donc faire dans ma chambre ! Elle s’approcha et finalement prit une position assise, et me regarda fixement dans les yeux. Je ne fis ni une ni deux, pris Carabas par le cou, l’envoyai assez brutalement vers le palier, et refermai la porte aussitôt. – Manneken, ça ne va pas du tout. – Comment ça ? Que se passe-t-il ? – Je suis Sas. Enfin, ce n’est pas vraiment mon nom, c’est une anagramme. Je préfère l’incognito. Je viens de l’aéroport de Stockholm. On veut me chasser de l’avion, alors que ne n’ai rien fait de mal. Pourrais-tu accepter qu’on te donne une gifle avant même que tu aies fait quelque chose de travers ? – Qu’est ce que c’est cette histoire ? – Mais oui, j’avais décidé d’habiter dans l’avion du vol Stockholm-Chicago, et voilà qu’on me cherche misère et qu’on veut me déloger. Je suis venu pour demander ton aide. – On ne t’a pas chassé sans raison. On craint simplement que tu ne te mettes à ronger les câbles électriques, et ainsi d’abîmer les commandes de l’appareil. – Mais Manneken, je n’ai rien fait de mal. Ai-je tiré sur la foule ? Ai-je une armée qui déferle sur la ville ? Ai-je bombardé Hiroshima ? Ai-je déboisé la Forêt Amazonienne ? Engraissé les vaches avec des aliments inadéquats ? T’ai-je accusé de viol ? Ai-je mis en vente des valeurs fantômes ? Escroqué une banque ? – Non, Sas, bien sûr que tu n’as pas fait tout ça. – Eh bien, rends-toi compte. On me cherche les puces, alors que tous ces fauteurs, cette bande de zinnekens, on les gronde à peine. – Mais, Sas, que veux-tu que j’y fasse ? – Manneken, tu es une personnalité incontournable. Tu as plus de poids que n’importe quel politicien flamand. Ne crois-tu pas que tu es capable de remettre de l’ordre dans cette échelle des valeurs ? – Franchement, Sas, je ne vois pas ce que je pourrais faire. Alors Sas s’est levé et a sauté sur la table. Elle s’est approchée de mon oreille, et m’a murmuré tout un tas de choses… – C’est entendu, je m’en occupe. Le lendemain, c’était la pagaille dans les banques. La BCE annonçait une Assemblée Générale Extraordinaire. La Fed annonça un remaniement important dans son Conseil d’Administration. Suez demanda la fermeture de la Bourse. Enfin, c’était à peu près le « Nacht und Nebel ». Et...

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Manneken-Pis et l’austérité
Août19

Manneken-Pis et l’austérité

On parle beaucoup de transferts ces temps-ci. Surtout en foot. Le cas de Lukaku en est un bel exemple. Il a été acheté par l’équipe de Chelsea pour la « modique » somme de vingt millions d‘euros. Non, pas exactement. Lui ne touchera que quatre millions, tandis que son club encaissera le reste. Ca fera évidemment rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat, par le biais des contributions. Et quand je parle de vingt millions, c’est encore un montant de transfert raisonnable. Certains frisent les septante millions. Pietje est venu me voir, On a bu une bonne bière ensemble, et évidemment il voulait savoir ce que j’en pensais. – Tu ne penses pas qu’il faut interdire tous ces transferts ? Tous nos meilleurs éléments qui s’en vont à l’étranger ! – Mais non, Pietje. Au contraire, on devrait les obliger à partir. Plus il y en aura qui partent, et plus on s’enrichira. – Hein, tu rêves ? – Mais Pietje, réfléchis un peu. L’Etat recevra des impôts importants sur ce transfert. Peut-être six ou même dix millions. Et imagine un peu qu’il y a mille personnes qui partent en transfert quelque part, on aura vite récupéré dix milliards d’euros. Et la Belgique évitera l’austérité. – Mais comment allons nous trouver mille transferts ? – Mais Pietje, il n’y a pas que les transferts. On devrait aussi obliger tous les dirigeants de grosses boîtes à recevoir un parachute doré en fin de carrière. – Allei, Manneken, et quoi encore ! – Quoi encore ? Il y a aussi tous les prisonniers de nos prisons. Quand tu penses qu’ils sont logés, blanchis et nourris gratuitement. Tu sais bien combien ils sont ? – Un bon quatre cent mille, non ? – N’exagérons pas : nous en avons modestement dix mille. Si on leur demande 10 € par jour, en pension complète bien sûr, ça fera encore rentrer, bon an mal an, un trente-cinq millions d’euros. Mais tout ça, c’est rien du tout. J’entrevois des rentrés d’argent phénoménales, qui pourraient être obtenus sans problème. – Qu’est-ce que tu as encore dans la tête ? – Pense un peu aux souliers. Dix millions de Belges achètent deux paires par an. On pourrait augmenter le prix de un cent la paire, et ça rapportera à l’Etat quelque chose comme deux cents mille d’euros. – Bof ! – Mais tu vois bien que si on prend des mesures générales dans ce sens, on arrive à des montants colossaux. Eh bien, Pietje, si tous les prix, tout ce qu’on doit payer, tout, tout, tout est augmenté de seulement un cent d’€ au bénéfice de...

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Manneken-Pis et le plan C

J’en étais sûr, qu’on n’aboutirait jamais à rien avec toutes ces négociations qui tournent en rond. J’en étais sûr, qu’on devait passer au plan B, et que ça aussi ne pouvait pas arranger les bidons. Et c’est pourquoi j’ai demandé audience auprès du Roi, pour lui présenter le plan C. Mon plan C. Le seul plan qui conduirait la Belgique à la prospérité. Le plan qui, sans aucun doute, me vaudra le Prix Nobel. Evidemment Marieke m’a scié les côtes pour savoir de quoi il retourne. – Non, Marieke, je ne peux pas divulguer le contenu de ma note. N’oublie pas que mon entretien avec le Souverain sera un colloque singulier. – Mais Manneken, tu sais tout de même que je ne dirai rien. – Je sais justement que tu es une curieuse mosterpot. Et alors on s’est disputé comme des chiffonniers. Mais je n’ai rien lâché. Rentré de mon audience, j’ai écouté d’un air distrait le communiqué du Palais. – « Manneken-Pis a été reçu au Palais, et a été chargé par le Roi, comme Broebeleur…. – Bon, c’est parfait. Et maintenant, en vitesse à la conférence de presse. Elle fut réduite au strict minimum et les médias annoncèrent sans tarder qu’à la demande du Roi, Manneken-Pis procèdera, en tant que « Broebeleur », à des échanges interactifs de masses en vue de rencontrer les problèmes actuels auxquels la Belgique est confrontée. Le lendemain, c’était un dimanche, et j’ai eu juste assez de temps pour organiser ma semaine. Eh bien, ça a réussi. Le lundi matin, il y avait plus de cent mille manifestants francophones, (moins de dix mille d’après la police), en route pour le Gouvernement Flamand, pour demander, avec la plus grande politesse, un formulaire en français. La consigne, qui leur demandait de rester en place jusqu’à l’obtention de ce papier, a été suivie. Toutes les personnes qui voulaient acheter un logement dans la partie flamande du pays (et il y en avait brusquement un très grand nombre) se présentèrent auprès des services compétents en vue de demander leur inscription dans des écoles de langue flamande. Leur nombre était estimé à quelque cent mille personnes. (Moins de dix mille d’après la police). D’autre part, toutes les séances des Conseils Communaux tenues dans les communes à facilité, se sont tenues dans la langue de Voltaire. Et ce qui devait arriver, arriva. Devant le nombre impressionnant de personnes qui voulaient apprendre le flamand, les autorités ne purent pas donner satisfaction. Devant le nombre considérable de personnes en infraction avec la circulaire Peeters, il y eu tant de personnes arrêtées, que les prisons ne pouvaient pas les accepter. C’est le moment...

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Manneken-Pis et le zoo
Août05

Manneken-Pis et le zoo

– Tiens, pas plus tard que hier, j’ai téléphoné au zoo. – Ca alors ! Tu as parlé aux singes ? – Mieux que ça. Au Directeur en personne. – Et de quoi vous avez parlé, Manneken ? – De désengorger le zoo. – Ca alors ! – Oui, il faut que je t’explique. Les animaux du zoo sont en surnombre, pire qu’en prison. – Allei, donc ! – Comme je te dis. Et le personnel est prêt à faire la grève. Ils ne savent plus suivre. – Tu vas lâcher les crocodiles ? – On va demander l’aide de la police. – Pour nourrir les lions ? – Non, pour sortir les bêtes. – Dans la rue ? En laisse ? – Non, chez les gens. – Dans les maisons ? Les crocodiles ? – Mais non, chez les gens qui veulent des animaux de compagnie. Tu sais, les Mesdames avec leur petit chat, et les Messieurs qui sortent le chien le soir avant d’aller dormir. Il y a encore des tas de gens qui veulent adopter des animaux de compagnie. Et on leur propose des mygales, des girafes et même des chauves-souris. – C’est chouette, ça. Et ils doivent acheter leur petit animal de compagnie ? – Non, justement pas. C’est un service gratuit, offert par le zoo. Et le premier qui a demandé, c’est Bart de W. Et tu sais ce qu’il a demandé ? – Un perroquet ? – Mais non. Un hippopotame. Et puis est venu la demande d’Eli di R. – Un serpent à sonnettes ? – Non, un panda. Et puis, Monseigneur Léonard, qui a demandé une autruche. – Ah bon ! – Et celui qui s’occupe des trains, il a demandé des escargots. – Ca alors, c’est une manière ou l’autre de se faire un bon dîner ! Mais comment est venue cette idée ? – Bof, j’ai demandé s’il ne pouvait pas mettre à la disposition de Farid Bamouhammad, tu sais le prisonnier qui pose problèmes, un animal de compagnie auquel il pourrait s’attacher. C’est de ça qu’il a besoin. Ca lui redonnera l’espoir et la joie de vivre. Et de là, on a eu d’autres idées – Et quel animal on va lui offrir ? – C’est que Farid aurait aimé recevoir justement le seul animal que le zoo n’avait pas encore. – Ah ? Lequel ? – Une...

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Manneken-Pis et le port de la burqa
Juil24

Manneken-Pis et le port de la burqa

Je vous invite tous à la Grande Manifestation pour la défense du port de la burqa et du niqab. Elle partira de la rue de l’Etuve et se terminera devant la maison de Joëlle M. Et je serai en tête de la manif, nu comme un ver, pour appuyer ces revendications. Car faut-il donc qu’ils soient aveugles et sourds, nos députés, nos sénateurs, nos ministres, pour essayer de faire passer coûte que coûte une loi qui a déjà été remise en question par un tribunal. Que voulez-vous : faire et refaire, c’est toujours travailler. Mais revenons à nos moutons. On porte atteinte à un droit fondamental : le droit de s’habiller comme on l’entend. Que diriez-vous si on vous interdisait de porter des longs pantalons sur la voie publique ? Que l’on vous interdise de porter des moufles en hiver ? Que l’on oblige les femmes de porter un large décolleté ? Sauf bien entendu que je ne serais pas contre, sur ce dernier point. Notons au passage que ça porte un sérieux coup à notre folklore. – Hé, Manneken, qu’est ce que tu inventes encore ? – Mais pas du tout. Tu les a déjà vus, les Géants ? Tu crois qu’ils circulent comme ça tout seul ? Il y a évidemment quelqu’un à l’intérieur, qui le fait marcher. Et dont on ne voit que les yeux. Alors quoi ? En prison, et en vitesse ! – C’est pas possible. Bien sûr que ce n’est pas possible. Surtout que le type prétendra ne pas sortir de son Géant, et qu’il faudra les mettre tous les deux ensemble dans une cellule. Et il faudra dès lors prévoir des grandes cellules, comme dans les banques, où il y a des grands coffres. – On ne peut pas mettre un bracelet électronique sur le bras du Géant ? – C’est que le Géant, lui, n’est pas en infraction. Mais il y a encore toutes les répercussions économiques, alors que la Belgique est la cible des Agences de Notation. – Economiques ou œcuménique ? – Les deux, si tu veux. Imagine un peu les conséquences dramatiques que ça peut avoir sur un corps de métier aussi important que les scaphandres. – Hein ? – Mais oui, ils sont habillés pire que burqa et niqab. En prison, et que ça saute ! – Mais ils ne sont pas dans des lieux publics. – Comment ? Tu as déjà vu des panneaux « Propriété privée, défense d’entrer » sous l’eau. Des clôtures et tout ça ? Mais ce n’est pas tout. Le tourisme en pâtira. Tu n’as pas idée du nombre de châteaux qui...

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Manneken-Pis et le non

Le festival de Cannes s’est clôturé en beauté, et mon film a obtenu pratiquement tous les prix. – Et Manneken, comment est tu arrivé au nom de ton film ? C’est tout de même un drôle de nom, NON, pour un film. ? – Sapristi, je ne pouvais, pour ce film, vraiment pas trouver de nom mieux approprié que celui-là, non ? Un film qui s’appelle NON, pourquoi pas, non ? – Et il raconte quoi, ce film ? – C’est à la fois un long métrage et un documentaire. Il décrit la longue crise que la Belgique a traversée depuis plus d’une année. – Et quels sont les prix que NON a remportés ? – D’abord le prix du meilleur acteur masculin, attribué à Bart de W. – Non ! – Et celui de la meilleure interprétation féminine, pour Joëlle M. – Non ! – Et puis le Prix du meilleur scénario, pour Bart de W.. – Non ! – Et le Prix du Public, pour Bart de W. – Non ! – Et le Prix du Meilleur Dialogue, pour Bart de W. – Non ! – Le Prix du film le Plus Long, aussi. – Non ! – Et le Prix du meilleur Film Etranger. – Non ! – Et le Prix du Meilleur Metteur en Scène, à Bart de W. – Non ! – Et le Prix de la Meilleure Finale. – Mais Manneken, la finale, en réalité, il n’y en a pas, non ? Comment es-tu alors arrivé à cette finale ? – Mais non, pas du tout. La finale de mon film est réaliste au plus haut point. – Non mais tu divagues ? Raconte comment elle est, la finale. – Hé bien, Jefke, il y a la démarche du Souverain, qui demande à chacun de prendre le temps de réflexion, pour arriver à une solution. Et si tu analyses cette demande, alors tu trouves aussi la solution au problème. – Awel, Manneken, là tu m’épates ! – Mais non, c’est très clair. Il demande de ne pas tomber dans le piège de ce qu’on appelle la « fatigue de l’esprit ». – Peut-être que je suis un peu fatigué, mais je ne vois pas où tu veux en venir. – Bon, c’est un peu compliqué, mais je vais essayer de t’expliquer. Quand un problème te sembles un rien compliqué, tu as tendance à dire ; » c’est beaucoup trop compliqué » et tu laisses tomber. C’est ça la fatigue de l’esprit. Et la crise actuelle n’est rien d’autre que ça. – Et raconte-moi la finale. – Voilà : tous les intervenants se mettent...

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Manneken-Pis, le muet et les sourds
Juil02

Manneken-Pis, le muet et les sourds

Il faut que je vous raconte. J’ai un ami. C’est un Grec. Il est de Patras, mais habite dans mon quartier, les Marolles. Il est venu me voir, parce qu’il est compositeur, et pour le moment il fait un opéra. Alors il m’a demandé de l’écouter. – Mais Achille c’est quoi, le thème ? – Le thème ? C’est un dialogue entre un Muet et quelques personnages de second rang, qui sont Sourds. – Tiens ? C’est bien trouvé, ça. Ce n’est pas une histoire d’amour ? Tu sais, un couple et une autre femme ? – Tu veux parler du triangle amoureux ? Non. – Mais alors, c’est quoi l’intrigue ? – Le pays est en déconfiture totale, et le Muet doit demander de l’argent aux Sourds, qui, évidemment, ne veulent rien entendre, mais proposent des remèdes dignes d’Arlequin, qui ne peuvent que faire crever le pays du Muet. – Oui mais, qu’est ce qu’il dit alors, le Muet ? Il ne va tout de même pas accepter des conditions défavorables. S’il accepte, ce sera certainement la révolution, non ? – Mais justement il ne dit rien. – Parce qu’il n’a rien à dire ? – Non, il a des idées à revendre, mais il est muet comme une carpe. – Dis, Achille, c’est un opéra bouffe ? – Je crois que c’est plutôt une tragédie. – Quels sont alors les arguments du Muet ? – Hé, je ne peux pas te les citer toutes comme ça. Mettons qu’il demanderait que les Sourds prennent des mesures de redressements plutôt que des mesures d’enterrements. – Et les Sourds font la sourde oreille ? Peut-être que le Muet ne sait pas se faire entendre. – Tiens, il propose que les Sourds prennent en charge l’Education. – Bigre, ce n’est pas bête, ça… – Et qu’ils leur fournissent une petite centaine d’avions A 320, autant de bateaux, de trains et tout ce qui peut donner un nouvel essor au pays. Qu’ils modernisent tout ce qui touche au Tourisme. – Pas d’accord pour les bateaux, Achille. – Pourquoi ? – J’ai le mal de mer. Mais continue. – Que les familles des Sourds parrainent les enfants du pays, et les invitent, tous frais payés, pour leurs vacances. Que le chômage soit payé par les Sourds. Enfin, tu vois le genre. – Je vois que le Muet semble avoir des idées précises. Et les Sourds, dans tout cela, vont-ils finalement accepter ce marché-là ? – Oui, car, tout étant payé directement par les Sourds, il n’y a pas d’argent détourné. Et puis, ça leur coûtera tout compte fait, bien moins cher. Et de...

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Manneken-Pis et l’avenir de Bruxelles

Tout le monde le sait : Bruxelles est la capitale de l’Europe. Et j’en suis fier, comme tous les bons bruxellois. Une fierté mêlée d’un sentiment de manque. Je m’explique. Il y a dans la nature humaine un constant désir d’obtenir davantage. Que ce soit de l’argent ou de la reconnaissance, ou que sais-je encore. Et voilà que j’ai le sentiment d’un manque. Ou plutôt, qu’il manque quelque chose à Bruxelles. J’en ai tâté un mot à Aldegonde, « la glasbolleke » comme on l’appelle, à cause de sa boule de cristal qu’elle utilise tous les ans à la kermesse de Bruxelles. – Mais Manneken toch, Bruxelles c’est Bruxelles. D’ailleurs je vais te dire ce que Bruxelles va devenir. Et elle a sorti sa boule de cristal de son armoire, et l’a posée sur un napperon sur la table. – Assieds-toi. Et voilà ce qu’elle a vu. – Je vois l’Ommegang et le combat des Echassiers. Je vois aussi la Plantation du Meiboom. Et puis un Tapis de Sable. Et encore un Mariage. Oui, un Mariage de Géants de Bruxelles. Mais je ne sais pas lequel. – Mais Aldegonde, moi je ne vois pas tout ça. – T’occupes ! Faut pas m’interrompre, sans quoi toutes les images se troublent. Alors je vois comme une ruée d’abeilles. Oui, c’est un essaim. Je vois l’abeille reine. Et voilà que tout l’essaim s’élève dans le ciel. Il se dirige vers l’hôtel de ville. Il arrive sur le clocher, à la statue de Saint Georges qui tue le Dragon. Tout l’essaim tournoie autour de la statue. Oh, c’est invraisemblable : voilà un autre essaim qui s’approche, et un autre encore. Il y a tant d’abeilles que le ciel commence à s’assombrir. Et ça continue, il y en a de plus en plus. Je vois le Dragon qui se met à cracher du feu. Et j’entends les canons de la Porte de Hal. Et maintenant, des cloches, celles de Londres, de Westminster. Et voilà qu’une nuée d’étoiles arrive, et entoure les abeilles. Il y en a quarante-huit. Et voilà trois caravelles qui arrivent en rasant les toits des maisons. Sur la première des caravelles, je reconnais Christophe Colomb. Et ici je vois une momie qui monte vers le ciel, et quelqu’un qui en sort. C’est Ramsès II et il tient en main un ankh, symbole de vie. Il tourne autour du clocher. Il pose l’ankh sur la pointe du clocher et disparaît. – Tout ça dans le ciel ! – Chutt…. Oh, voilà un tapis volant. Il y a un homme assis dessus. C’est Aladin. Lui aussi, il pose quelque chose sur la pointe...

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Manneken-Pis et les Mesdames Pipi

En Belgique, tout a tendance à augmenter. C’est le cas notamment des tarifs des Mesdames Pipi. Ce problème n’a pas échappé à la Commission des Prix, et j’ai été invité à donner mon avis à ce sujet. – Je voudrais tout d’abord attirer votre attention sur la désuétude de cette organisation. – Que veux-tu dire par là, Manneken ? – Eh bien, on dirait que ça n’a pas évolué depuis cinquante ans. Une table, une chaise et une soucoupe. Vous voyez ce que je veux dire ? – Ben oui, et alors ? – Mais les temps ont changé, non ? Quand on doit aller là, encore faut-il savoir où se diriger. Le point le plus proche, on pourrait dire. Donc il faut l’information. J’imagine des cartes de Bruxelles et sa grande banlieue avec l’emplacement de tous ces endroits indiqués d’une façon qui attire le regard. Il faudra évidemment les placer de telle façon qu’ils soient présents partout. Mettons dans les stations de métro, dans les grands magasins, les bureaux de poste. Pourquoi ne pas prévoir des petits guides format poche que l’on pourrait trouver dans la pochette qui se trouve à l’arrière des sièges des avions. Que le passager peut emporter avec lui. – Tu veux dresser une liste de ces points ? – Non, il faut voir plus grand. Par exemple un guide rouge MY PIS avec des indications de base. Bien sûr le nom, l’adresse et le prix. Mais aussi s’il y existe un téléphone public, les horaires d’ouverture, les heures de nettoyage du système, la station de métro la plus proche. – Je vois. Aussi le nombre de cabines. – Pourquoi pas. Et les possibilités pour les handicapés. – Et les langues parlées. – On pourrait accorder des étoiles aux points les meilleurs, en fonction de certains critères, comme le calme, l’accueil, la facilité d’accès, s’ils acceptent ou non les chiens, s’ils peuvent recoudre un bouton. Et pourquoi ne pas aussi y installer une boîte aux lettres et pouvoir y acheter des timbres poste. – Et des préservatifs. – Faisons un test. Et j’ai pris un bout de crayon noir, un autre rouge. Voilà ce que ça a donné : Jules Place de Brouckère 0 ,30 € (Ab 5 €) 7-19h Fermé 15 oct-10 nov et D soir M 4c 30min VIII br cr H (Fr En Vl) chiens bout R P ☎ Installation style rétro, WC gris clair avec planche blanche, murs en carrelages aux motifs fleuris, mais mauvaise insonorisation. Vaut le détour pour le motif du papier. – Et ça veut dire quoi, ces hyéroglyphes, Manneken ? – Très simple : Le service...

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Manneken-Pis et les 20 km de Bruxelles

Cette année c’est parti pour le 29 mai. Je parle de la fameuse course des 20 km de Bruxelles. Comme l’année précédente, je compte bien y participer, et obtenir un meilleur score. J’ai décidé de mettre tout en œuvre pour être le tout premier à l’arrivée. Ca demande évidemment quelques préparatifs. En premier lieu, m’inscrire à l’Ecole des Ventriloques. Je dois en effet pouvoir donner des impulsions, d’une manière anonyme, à mes concurrents, de manière à les induire en erreur, ou tout au moins à les faire douter de l’itinéraire à suivre, de manière à les envoyer se promener dans une mauvaise direction. Mais il faut que cette impulsion ne soit envoyée qu’aux quelques rares éléments potentiellement dangereux, c’est-à-dire aux coureurs qui pourraient être un obstacle à ma victoire. Parler sans remuer les lèvres, c’est tout un art. Et en plus, faire en sorte que la personne qui vous écoute ne sache pas que c’est vous qui lui parlez, ça demande un sérieux entraînement. C’est certainement ce qui m’a pris le plus de temps. Sans compter les quelques phrases clés qui posent des problèmes. Ainsi ce n’est pas si facile de dire, sans bouger les lèvres, et à haute voix : « Mammy m’y a mis ma main mais Mimi m’a mimé » ou encore : « Ton bâton a tant battu Tonton que son tuba fut sans son. » Restait le problème de sélectionner les coureurs « à risques ». Ça m’a pris des heures. J’ai examiné avec soin les photos des gagnants précédents. Ils avaient tous des lacets blancs, une montre au poignet et ne portaient pas de couvre chef. Bon, me voilà enfin prêt pour cette terrible épreuve. Au départ, je suis placé vers le milieu. J’ai repéré immédiatement quelques individus à écarter. – « Attention s’il vous plaît. Les participants sont priés de revenir au départ, suite à une erreur de chronométrage. » Je vois déjà un désarroi tout autour de moi. Quelques sportifs regardent les haut-parleurs avec effroi. – « Je répète. Les participants sont priés de revenir au départ, suite à une erreur de chronométrage. » C’est parfait. Un embouteillage se profile à l’horizon. Certains retournent en arrière et sont face à face avec d’autres qui continuent. Je regagne déjà cinq rangées. – « Changement d’itinéraire suite à un accident. Nous prions les participants de quitter l’itinéraire prévu et de prendre la première rue à gauche. Je répète… » Et zou ! Encore un paquet de parti. – « Nous prions les participants de se porter sur l’extrême droite de la chaussée, pour permettre le passage d’une ambulance. Merci. » Ca, ce n’était vraiment pas facile à y arriver ! Ce large ruban d’athlètes a bien du...

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Manneken-Pis et le covoiturage
Mai11

Manneken-Pis et le covoiturage

Jeudi dernier il y avait une réunion du KERN, avec quelques éminents ministres, et il y avait à l’ordre du jour le problème du covoiturage. On m’avait prié d’y assister, et alors j’ai pris la parole. – Messieurs et Mesdames, ce problème du voiturage est de la plus haute importance. Il faut donc encourager cette démarche. Quelqu’un a-t il une calculatrice sous la main ? Merci. – Mais Manneken, les chiffres, on les connaît. – Moi aussi, mais cernons le problème de plus près. Il faut 100 000 voitures pour amener 400 000 navetteurs en ville. Et je parle de voitures, car on ne peut pas compter sur les chemins de fer qui font que les navetteurs accusent des retards considérables. Vous rendez-vous compte du trafic et des embouteillages que cela comporte, ces 100 000 voitures qui entrent à la même heure à Bruxelles ? – Mais Manneken, on te demande une solution, et pas un état des lieux. – OK. La solution, je l’ai bien sûr. Elle consiste en huit principes à mettre en œuvre. – On t’écoute. – Premier point : Si la moitié des navetteurs logent, à tour de rôle, dans la capitale, il ne faudra alors plus que 50 000 voitures. – Et ça fera marcher les hôtels. – Et les boîtes de nuit. – Arrêtez donc de m’interrompre. Deuxième point : si la moitié arrive une heure plus tôt et part une heure plus tard, cela réduit le pic d’embouteillage. – Bonne idée. Je dirais même que si l’autre moitié arrive une heure plus tard et part une heure plus tôt, on peut encore réduire les embouteillages. – Et ça compense les heures supplémentaires des premiers. – Passez-moi la calculatrice. – Tu avais dit d’arriver une heure plus tôt ? – Et partir une heure plus tard ? – S’il vous plaît, les ministres, un peu de silence. Troisième point : pour encourager le covoiturage, on mettra les parkings non pas aux portes de la ville, mais au cœur même de la ville. – Bonne idée mais pas de place, Manneken. – Mais si, on a de la place. La plupart des habitations possèdent un garage. On prie donc ces habitants de dégager leur garage et de planter leur véhicule hors de la ville, pour laisser la place aux voitures des navetteurs. – Et s’ils refusent ? – Quatrième point : tous les boulevards et axes importants seront à sens unique et sur une seule voie. La place gagnée servira de parkings supplémentaires. – Et les ambulances, les pompiers auront le droit de rouler dans l’autre sens. – Quelqu’un a la calculatrice ? –...

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Manneken-Pis et les prisons
Mai04

Manneken-Pis et les prisons

En Belgique, les prisons sont saturées. Il y a trop de prisonniers. La question que tout le monde se pose est la suivante : où les mettre ? Lorsque j’ai rencontré notre Ministre de la Justice, on en a longuement discuté. – Votre idée de les enfermer à l’étranger me semble géniale. – Merci, Manneken. – Mais vous savez fort bien que la Belgique possède quelques enclaves au sud des Pays-Bas. Ne pensez-vous opportun d’y incarcérer une bonne centaine de prisonniers de droit commun ? – C’est effectivement une idée à approfondir. – Surtout qu’en cas d’évasion, un prisonnier en cavale se trouverait en territoire néerlandais, ce qui lui posera certainement des problèmes. – Sans aucun doute. – D’autant plus que Baarle n’est pas desservie par la SNCB. Ils auront bien difficile de s’enfuir. Mais j’entrevois encore d’autres solutions. – Ah ? – Ben oui. Je pense aux musées. – Les musées ? – Il suffit de prévoir un lit ou deux dans chaque salle. Il y aurait mettons la salle Rubens, la salle Ensor, la salle Memling… Moi personnellement je serais fier de pouvoir dire : « j’habite la salle Breughel du musée d’Art Ancien de Bruxelles ». Quel effet psychologique positif cela pourrait avoir sur les prisonniers ! – Mais Manneken, on ne va tout de même pas les loger dans les musées ? – Et pourquoi pas. Uniquement pour y passer la nuit. Et pour les journées, on pourrait facilement aménager les caves pour en faire des salles communes, la salle à manger, des salles de réunion. On y mettrait des tables de ping-pong, et la TV. Et puis il y a de l’eau, et même des toilettes. Vous voyez que ça ne gêne en rien le public. – Heu… – Surtout que dès lors leur budget émergera du Ministère de la Culture, non ? Tiens, j’y pense tout à coup. Celui qui loge dans la salle des Momies Egyptiennes devrait rester moins longtemps emprisonné que celui qui loge dans la salle des Vases Grecs. – Et pourquoi donc, Manneken ? – Question d’équité. Les frais sont beaucoup plus élevés pour combattre les vols de momies. Il n’est donc que juste que ces prisonniers y résident moins longtemps. Et par cela même, d’autres prisonniers pourront y être logés à leur place. – Je vois. – Et puis, j’ai aussi pensé aux banques. – Hé ! Tu rigoles ? – Mais pas du tout. Là au moins, ils ne pourront pas s’évader facilement. – Mais Manneken, tu ne veux tout de même pas les mettre dans des banques ? – Justement, il faut les mettre dans les...

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Manneken-Pis et les corridas

L’autre jour je suis tombé sur un article d’une revue espagnole. On y parlait des corridas et du statut de Patrimoine Mondial Culturel qui leur avait été accordé. Coïncidence ? Dans une autre revue, une allemande, il y avait un article sur les camps de concentration, qui traitait notamment de la pendaison des évadés repris. J’en parlai à mon ami Georges, journaliste. – Oui, Manneken, les corridas, c’est une affaire d’argent. Tu n’as pas idée de ce que ça rapporte. Les raisons folkloriques, les raisons du spectacle ne sont qu’artifices et grosses ficelles. Es-tu seulement au courant de tout ce qui relève de la préparation du taureau pour une mise à mort moins dangereuse et plus théâtrale ? – De quoi parles-tu, Georges ? – Sciage des cornes à vif. Piqûres d’aiguilles dans les testicules. Administration de produits somnolents. De quoi rendre l’animal facile à éliminer. Mais ça, on ne montre évidemment pas. – Et pourtant le public est nombreux. – Pour le public, l’animal ne compte pas. C’est le spectacle qu’ils veulent voir. La danse de la muleta. Une mise à mort pas trop cochonnée. Si le toréador estime que taureau résiste trop, il s’arrange pour le tuer le plus rapidement possible. Pour éviter que sa fin ne soit trop lamentable. – Quelle horreur ! Parlons d’autre chose. Que penses-tu de ce macabre spectacle de pendaison dans les camps de concentration ? – C’est un spectacle des plus barbares. Un prisonnier qui s’évade, mais qui est repris, est pendu en public, devant tous les prisonniers du camp. Il est amené vers son horrible supplice au son de la musique d’un petit orchestre de musiciens prisonniers. – Dans les deux cas, une mise en scène théâtrale. – Oui, mais la pièce n’est pas la même. En Espagne, on illustre le mépris de l’animal pour valoriser l’homme. En Allemagne on élimine l’homme au nom du despotisme. Et la mise en scène est commandée pour servir d’exemple. – Et ici, pas de préparation de la victime ? – Je n’en suis pas si certain, Manneken. L’évadé aura peut-être été roué de coups. Ou mordu par des chiens. De toute façon il a été enfermé dans une cellule spéciale et privé de nourriture et de boisson. – Ici la pièce montre la grandeur de l’homme face à une tyrannie. Et quant à la mise en scène, on fera tout ce qu’il faut pour choquer le spectateur au degré le plus élevé possible. – Oui, la pièce est à la fois plus belle, et plus horrible. – Arrête, Georges. Tu n’as pas à parler comme ça. Ce n’est pas vraiment une pièce. –...

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Manneken-Pis et le Patrimoine Universel

Le Carnaval de Binche, universellement connu, vient de recevoir le titre de Patrimoine Universel. Voilà certainement quelque chose qui permettra à cette manifestation de pouvoir se perpétuer. Tant il est vrai qu’une pareille manifestation folklorique demande des appuis financiers colossaux. Les Flamands ne sont pas restés insensibles à cette démarche, et ont de suite demandé d’obtenir le même statut pour la procession du Divin Sauveur à Hakendover. Ce à quoi les Wallons ont entamé une démarche pour le carnaval des Blancs Moussis de Stavelot, laquelle demande fut aussitôt suivie par une demande similaire pour la fête des Chats à Ypres. Le Ministre de la Culture se doutait bien qu’en continuant ainsi, il y aurait de moins en moins de chance d’obtenir le titre de Patrimoine Universel dans l’avenir. Il m’en toucha un mot lors d’un défilé de mode. Entre nous soit dit, les modèles étaient fort jolies, et surtout la petite Ansje. Nous convînmes de nous rencontrer aux Marolles, rue du pont de la carpe, autour d’un stoemp avec saucisse. – Manneken, que faut-il donc faire pour éviter cette escalade de demandes d’accès au Patrimoine Universel. – Mais Jan, il est clair qu’à chaque demande de notre part, la réaction est directe et j’y vois une demande systématique qui ressemble en quelque sorte à une compensation flamande. – Et alors. – Alors, tu devrais demander de classer une rivière wallonne. Je pense à la Semois par exemple. Je crois que là tu n’auras pas d’équivalent en Flandre. A peine cette demande eut-elle été introduite, qu’une demande similaire des dunes de Nieuport fut introduite à son tour. Jan était plus que découragé, et cette fois on se rencontra rue de la plume pour une bonne Grimbergen avec une portion de fromage. – Jan, on ne va pas se laisser faire. On va faire un grand coup, histoire de montrer de quel bois on se chauffe. Le lendemain, une demande en due et bonne forme fut envoyée. Elle concernait le classement d’un territoire de 16 844 km² comprenant trente villes d’arts, douze réserves naturelles, un circuit de course F1, vingt manifestations folkloriques, trois grottes, cent vingt châteaux, deux vestiges napoléoniens, trois cents hectares de culture de tabac, cent et quinze musées, cent cinquante-quatre lacs, quatre cents terrils, deux mille deux cents cervidés, sept cents sangliers, deux aéroports, vingt-trois sorcières, une centaine de géants… Comme il fallait le prévoir, il y eut immédiatement une demande de classement pour un territoire de 13 512 km² avec une liste similaire d’éléments constitutifs. – C’est fini, Manneken. On a été battu. – C’est très bien ainsi, c’est exactement ce à quoi je m’attendais, Jan. Et...

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Manneken-Pis place son argent

Ce matin je n’ai pas trouvé de facture dans ma boîte aux lettres. J’ai d’abord éliminé, sans les ouvrir, tous les plis à caractère publicitaire. J’ai regardé avec attention les demandes d’aide aux organismes humanitaires, en essayant de leur donner une suite favorable. Il me restait alors une carte postale de mon frère de Grammont, et une offre promotionnelle émanant d’un fournisseur. – Super ! Si je prends un abonnement chez eux, je gagne 30 %. Ils disent que c’est une affaire temporaire et qu’il faut agir vite. Allons-y ! Et je me dis qu’il ne faut pas rater cette occasion. J’ai enfin trouvé un filon pour planquer mon argent, et il me rapporte du 30 %. Pas besoin de courir au Liechtenstein. C’est tout à fait légal. J’en ai parlé à mon plombier. Il est venu suite à la fuite de mon WC qui n’arrête pas de couler. J’ai beau chipoter et tripoter à l’ustensile : l’eau continue de circuler à grand débit dans le pot. Et malgré mes talents avérés de bricoleur, j’ai du faire appel à cet excellent homme de métier. – Voyez-vous, Manneken, votre installation date d’au moins trois quarts de siècles, et c’est normal que vous commenciez à avoir des problèmes. – Mais Monsieur, c’est que même quand je ferme la vanne principale, l’eau continue à couler. J’en conclus que ce n’est pas le WC qui est en cause. – Vous voulez rire ! C’est tout à fait normal. Tenez, voici un nouveau modèle, avec chasse à double débit, faible ou fort débit. Votre consommation sera des plus modestes. Sans compter que la planche du WC commence déjà à se fendiller. Ca ne vous pose pas de problèmes quand vous vous asseyez ? – Euh… Et le prix ? – Eh bien, pour moins de 400 €, placement compris. Un rapide calcul mental, et j’arrive à la conclusion que si je ne fais rien, je devrai payer 390 € d’eau année après année. Par contre, en le remplaçant, je paye une seule fois ce prix, et j’en suis quitte, c’est-à-dire qu’après je gagne chaque année environ 400 €. – C’est d’accord. Quand viendrez-vous le placer ? L’idée me parait tellement bonne, que je téléphone à mon chauffagiste pour lui demander si ma chaudière est encore bonne. Il est venu voir, et il m’a confirmé que je perdais de l’argent tous les jours avec cette installation. Et dans la foulée, je fais venir mon fournisseur de mazout, et il m’annonce ce que je craignais déjà : ma citerne de 2000 litres, enfouie dans le jardin, a une fuite et il me propose d’en placer un...

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Manneken-Pis et Youri Gagarine
Avr14

Manneken-Pis et Youri Gagarine

Mais sur Youri Gagarine, que n’a-t-on pas écrit d’aberrations ! Qu’il était le premier astronaute envoyé dans l’espace ! Qu’il avait fait le tour de la Lune, et ainsi qu’il avait été le premier à en voir la face cachée. On ne parlait plus que de Youri Gagarine. PRAVDA NJET ! Car ce jour-là, à la même heure, la même minute, la même seconde est partie de la base militaire de Kleine Brogel une fusée habitée qui avait comme premier objectif de faire des photos de la face cachée de notre Lune. Ca s’est passé dans le plus grand secret, avec l’appui de Théo Lefèvre, notre Premier Ministre. Notre fusée a rencontré sur son passage des filaments de nature inconnue qui ont considérablement modifié les conditions de vol, et notre cosmonaute Bert Degeene n’a rien pu faire d’autre que d’augmenter la vitesse de son bolide, atteignant ainsi des records jamais atteints. Très vite il a dépassé le Soviétique et est parvenu à proximité de la Lune. Il n’avait d’autres alternatives, notre Bert Degeene national, que de cabrer à mort et de prendre un cap face au Soleil, en espérant que la gravitation de cette étoile puisse aider à combattre l’effet de gravitation de la Lune. Et il s’en fallu de peu que les panneaux multidirectionnels et les dipôles rayonnants ne furent arrachés. Déjà la température mesurée sur les parois de l’appareil dépassait les 490 °C et les hublots commençaient un mouvement de tremblement du type Zitterbewegung. Notre compatriote maitrisa enfin son bolide et se mit à photographier la face arrière de la Lune. Il envoya directement ces documents au Centre Spatial Belge de Kleine Brogel. Alors on passa à la seconde phase du programme. Donner un nom à tous les cratères, les cirques, les canaux, les pics et les chaînes de montagnes. La liste était bien sûr préparée à l’avance : Gevers, Tytgat, Ensor, Van Neste, Breughel, Bosch, Lemaître, Franck, Maeterlink, Brel… Mais cependant Youri avait eu le temps de reconnaitre notre véhicule, grâce à la cocarde noire jaune rouge, et il transmit un message à sa base. Et tout se déroula à une vitesse V carré. Une voiture noire Scaldia vint s’arrêter à deux pas de moi, et deux hommes en sortirent. Ils m’emmenèrent séance tenante dans leur véhicule et me conduisirent sans ménagement vers un endroit inconnu. Peu après, notre Premier Ministre reçut un coup de téléphone. – Mon Cher Ministre, votre Tovaritch Manneken-Pis est entre nos mains et ne vous sera rendu que si vous faites revenir Bart Degeen ni vu ni connu et que vous étouffez toute cette histoire. Pour bien me faire comprendre, il...

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