Manneken–Pis et la petite souris SAS

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J’ai été bien surpris, il y a peu, de voir une souris trotter dans ma chambre. J’aime bien les animaux, mais tout de même, dans ma chambre, je trouve que ça coupe l’intimité. Que venait-elle donc faire dans ma chambre !

Elle s’approcha et finalement prit une position assise, et me regarda fixement dans les yeux.

Je ne fis ni une ni deux, pris Carabas par le cou, l’envoyai assez brutalement vers le palier, et refermai la porte aussitôt.

– Manneken, ça ne va pas du tout.

– Comment ça ? Que se passe-t-il ?

– Je suis Sas. Enfin, ce n’est pas vraiment mon nom, c’est une anagramme. Je préfère l’incognito. Je viens de l’aéroport de Stockholm. On veut me chasser de l’avion, alors que ne n’ai rien fait de mal. Pourrais-tu accepter qu’on te donne une gifle avant même que tu aies fait quelque chose de travers ?

– Qu’est ce que c’est cette histoire ?

– Mais oui, j’avais décidé d’habiter dans l’avion du vol Stockholm-Chicago, et voilà qu’on me cherche misère et qu’on veut me déloger. Je suis venu pour demander ton aide.

– On ne t’a pas chassé sans raison. On craint simplement que tu ne te mettes à ronger les câbles électriques, et ainsi d’abîmer les commandes de l’appareil.

– Mais Manneken, je n’ai rien fait de mal. Ai-je tiré sur la foule ? Ai-je une armée qui déferle sur la ville ? Ai-je bombardé Hiroshima ? Ai-je déboisé la Forêt Amazonienne ? Engraissé les vaches avec des aliments inadéquats ? T’ai-je accusé de viol ? Ai-je mis en vente des valeurs fantômes ? Escroqué une banque ?

– Non, Sas, bien sûr que tu n’as pas fait tout ça.

– Eh bien, rends-toi compte. On me cherche les puces, alors que tous ces fauteurs, cette bande de zinnekens, on les gronde à peine.

– Mais, Sas, que veux-tu que j’y fasse ?

– Manneken, tu es une personnalité incontournable. Tu as plus de poids que n’importe quel politicien flamand. Ne crois-tu pas que tu es capable de remettre de l’ordre dans cette échelle des valeurs ?

– Franchement, Sas, je ne vois pas ce que je pourrais faire.

Alors Sas s’est levé et a sauté sur la table. Elle s’est approchée de mon oreille, et m’a murmuré tout un tas de choses…

– C’est entendu, je m’en occupe.

Le lendemain, c’était la pagaille dans les banques. La BCE annonçait une Assemblée Générale Extraordinaire. La Fed annonça un remaniement important dans son Conseil d’Administration. Suez demanda la fermeture de la Bourse. Enfin, c’était à peu près le « Nacht und Nebel ».

Et puis, les Agents de Change fermèrent leur porte les unes après les autres.

Ensuite le Président des Etats-Unis déclara à la chaîne US 1 qu’il se rendait la semaine suivante au Japon pour rencontrer l’Empereur. Il voulait offrir au peuple japonais une statue copie réduite de la Statue de la Liberté, contenant un gramme de uranium, et faire un discours au Parlement à Tokyo.

Alors apparut un nouveau parti politique qui se présenta presque dans tous les pays dits « capitalistes ». Il avait comme emblème une petite souris qui tenait un balai. Sa devise était : « In the Mouse we Trust ». Bientôt ça s’achetait comme des petits pains.

Il y eu une réunion exceptionnelle du Conseil de Sécurité. Plus de cent délégués demandèrent qu’on donne la parole à une personnalité importante. Il y eu un vote à ce sujet, et comme il y avait beaucoup de curieux qui voulait savoir qui était cette personnalité, Sas pouvait enfin prendre la parole.

– La situation est des plus graves. L’appât du gain, la corruption, le manque de conscience professionnelle, l’envie de vouloir dès à présent posséder tout avant même de pouvoir se le payer, vivre au dessus de ses moyens……

Sas était maître de l’auditoire. Le silence était lourd.

– Le jugement en cours vous rendront blancs ou noirs…

Certains délégués se rongeaient les ongles.

– Et où sont-ils donc, nos juges ? Pourquoi …

Ce long discours fut applaudi par l’ensemble de l’auditoire, debout. On voulu porter Sas en triomphe. Mais on ne le trouva plus.

Il avait fait ce qu’il voulait faire. Sa pièce était jouée ; il pouvait rentrer chez lui. Pas dans l’avion Stockholm-Chicago. Ca n’était qu’une manière de se faire entendre. Il n’en avait cure de cet avion. Il est rentré dans son petit logis, aux Marolles quelque part.

Encore plus de Manneken-Pis ?

Author: Quentin

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