Manneken-Pis et l’austérité

On parle beaucoup de transferts ces temps-ci. Surtout en foot.
Le cas de Lukaku en est un bel exemple.
Il a été acheté par l’équipe de Chelsea pour la « modique » somme de vingt millions d‘euros.
Non, pas exactement.
Lui ne touchera que quatre millions, tandis que son club encaissera le reste.
Ca fera évidemment rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat, par le biais des contributions.
Et quand je parle de vingt millions, c’est encore un montant de transfert raisonnable. Certains frisent les septante millions.

Pietje est venu me voir, On a bu une bonne bière ensemble, et évidemment il voulait savoir ce que j’en pensais.

– Tu ne penses pas qu’il faut interdire tous ces transferts ? Tous nos meilleurs éléments qui s’en vont à l’étranger !

– Mais non, Pietje. Au contraire, on devrait les obliger à partir. Plus il y en aura qui partent, et plus on s’enrichira.

– Hein, tu rêves ?

– Mais Pietje, réfléchis un peu. L’Etat recevra des impôts importants sur ce transfert. Peut-être six ou même dix millions.
Et imagine un peu qu’il y a mille personnes qui partent en transfert quelque part,
on aura vite récupéré dix milliards d’euros. Et la Belgique évitera l’austérité.

– Mais comment allons nous trouver mille transferts ?

– Mais Pietje, il n’y a pas que les transferts. On devrait aussi obliger tous les dirigeants de grosses boîtes à recevoir un parachute doré en fin de carrière.

– Allei, Manneken, et quoi encore !

– Quoi encore ? Il y a aussi tous les prisonniers de nos prisons. Quand tu penses qu’ils sont logés, blanchis et nourris gratuitement. Tu sais bien combien ils sont ?

– Un bon quatre cent mille, non ?

– N’exagérons pas : nous en avons modestement dix mille. Si on leur demande 10 € par jour, en pension complète bien sûr, ça fera encore rentrer, bon an mal an, un trente-cinq millions d’euros. Mais
tout ça, c’est rien du tout. J’entrevois des rentrés d’argent phénoménales, qui pourraient être obtenus sans problème.

– Qu’est-ce que tu as encore dans la tête ?

– Pense un peu aux souliers. Dix millions de Belges achètent deux paires par an. On pourrait augmenter le prix de un cent la paire, et ça rapportera à l’Etat quelque chose comme deux cents mille d’euros.

– Bof !

– Mais tu vois bien que si on prend des mesures générales dans ce sens, on arrive à des montants colossaux. Eh bien, Pietje, si tous les prix, tout ce qu’on doit payer, tout, tout, tout est augmenté de
seulement un cent d’€ au bénéfice de l’Etat, un seul tout petit cent d’euro de dix-sept millimètre de diamètre, ce n’est pas lourd, hein, et bien si on fait ça, on gagnera un centième du produit intérieur brut,
et tu sais alors combien ça fait, le centième du PIB ? Eh bien, ça fait soixante milliards d’euros. Alors, l’austérité en Belgique, tu veux rire.

– Soixante milliards d’euros ! Mais attends, tu ne peux pas faire ça, Manneken !

– Et pourquoi pas ?

– Ca augmentera la dette de la Belgique de un cent d’euro.

Encore plus de Manneken-Pis ?

Author: Quentin

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