Manneken-Pis et le plan C

J’en étais sûr, qu’on n’aboutirait jamais à rien avec toutes ces négociations qui tournent en rond.

J’en étais sûr, qu’on devait passer au plan B, et que ça aussi ne pouvait pas arranger les bidons.

Et c’est pourquoi j’ai demandé audience auprès du Roi, pour lui présenter le plan C.
Mon plan C.
Le seul plan qui conduirait la Belgique à la prospérité.
Le plan qui, sans aucun doute, me vaudra le Prix Nobel.

Evidemment Marieke m’a scié les côtes pour savoir de quoi il retourne.

– Non, Marieke, je ne peux pas divulguer le contenu de ma note. N’oublie pas que mon entretien avec le Souverain sera un colloque singulier.

– Mais Manneken, tu sais tout de même que je ne dirai rien.

– Je sais justement que tu es une curieuse mosterpot.

Et alors on s’est disputé comme des chiffonniers. Mais je n’ai rien lâché.
Rentré de mon audience, j’ai écouté d’un air distrait le communiqué du Palais.

– « Manneken-Pis a été reçu au Palais, et a été chargé par le Roi, comme Broebeleur….

– Bon, c’est parfait. Et maintenant, en vitesse à la conférence de presse.

Elle fut réduite au strict minimum et les médias annoncèrent sans tarder qu’à la demande du Roi, Manneken-Pis procèdera, en tant que « Broebeleur », à des échanges interactifs de masses en vue de rencontrer les problèmes actuels auxquels la Belgique est confrontée.

Le lendemain, c’était un dimanche, et j’ai eu juste assez de temps pour organiser ma semaine.

Eh bien, ça a réussi. Le lundi matin, il y avait plus de cent mille manifestants francophones, (moins de dix mille d’après la police), en route pour le Gouvernement Flamand, pour demander, avec la plus grande politesse, un formulaire en français. La consigne, qui leur demandait de rester en place jusqu’à l’obtention de ce papier, a été suivie.

Toutes les personnes qui voulaient acheter un logement dans la partie flamande du pays (et il y en avait brusquement un très grand nombre) se présentèrent auprès des services compétents en vue de demander leur inscription dans des écoles de langue flamande. Leur nombre était estimé à quelque cent mille personnes. (Moins de dix mille d’après la police).
D’autre part, toutes les séances des Conseils Communaux tenues dans les communes à facilité, se sont tenues dans la langue de Voltaire.

Et ce qui devait arriver, arriva.
Devant le nombre impressionnant de personnes qui voulaient apprendre le flamand, les autorités ne purent pas donner satisfaction.
Devant le nombre considérable de personnes en infraction avec la circulaire Peeters, il y eu tant de personnes arrêtées, que les prisons ne pouvaient pas les accepter.

C’est le moment que j’ai choisi alors, pour annoncer que je ferais une grève de la faim, jusqu’à ce que des cours de flamands soient organisés pour ces braves francophones qui en faisaient la demande.
Ca impliquait que mon rôle de pisseur public ne serait plus assuré.

Et là alors, la situation est devenue extrêmement grave.
Il y eu foule à la rue de l’Etuve.
On comptait plus de deux cent mille personnes. (Moins de dix mille d’après la police).

Et l’embouteillage prit rapidement une telle ampleur que la police fut débordée.
Les métros furent bloqués, et les trains désorganisés.
Les retards atteignaient plus de soixante minutes. (Moins de dix minutes d’après la porte parole de la SNCB).

Finalement il y eu un vote à la Chambre des Représentants, exigeant la démission du Gouvernement, pourtant déjà démissionnaire et chargé des Affaires Courantes.

Franchement, je me demande comment on va sortir de cette situation un peu compliquée.

Mais je suis persuadé que d’ici quatre cents jours, grâce à mon plan C, le Royaume de Belgique sera redevenu prospère.

Encore plus de Manneken-Pis ?

Author: Quentin

Share This Post On

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>