Manneken-Pis et les corridas

L’autre jour je suis tombé sur un article d’une revue espagnole.
On y parlait des corridas et du statut de Patrimoine Mondial Culturel qui leur avait été accordé. Coïncidence ? Dans une autre revue, une allemande, il y avait un article sur les camps de concentration, qui traitait notamment de la pendaison des évadés repris.
J’en parlai à mon ami Georges, journaliste.

– Oui, Manneken, les corridas, c’est une affaire d’argent. Tu n’as pas idée de ce que ça rapporte. Les raisons folkloriques, les raisons du spectacle ne sont qu’artifices et grosses ficelles. Es-tu seulement au courant de tout ce qui relève de la préparation du taureau pour une mise à mort moins dangereuse et plus théâtrale ?

– De quoi parles-tu, Georges ?

– Sciage des cornes à vif. Piqûres d’aiguilles dans les testicules. Administration de produits somnolents. De quoi rendre l’animal facile à éliminer. Mais ça, on ne montre évidemment pas.

– Et pourtant le public est nombreux.

– Pour le public, l’animal ne compte pas. C’est le spectacle qu’ils veulent voir. La danse de la muleta. Une mise à mort pas trop cochonnée. Si le toréador estime que taureau résiste trop, il s’arrange pour le tuer le plus rapidement possible. Pour éviter que sa fin ne soit trop lamentable.

– Quelle horreur ! Parlons d’autre chose. Que penses-tu de ce macabre spectacle de pendaison dans les camps de concentration ?

– C’est un spectacle des plus barbares. Un prisonnier qui s’évade, mais qui est repris, est pendu en public, devant tous les prisonniers du camp. Il est amené vers son horrible supplice au son de la musique d’un petit orchestre de musiciens prisonniers.

– Dans les deux cas, une mise en scène théâtrale.
– Oui, mais la pièce n’est pas la même. En Espagne, on illustre le mépris de l’animal pour valoriser l’homme. En Allemagne on élimine l’homme au nom du despotisme. Et la mise en scène est commandée pour servir d’exemple.

– Et ici, pas de préparation de la victime ?

– Je n’en suis pas si certain, Manneken. L’évadé aura peut-être été roué de coups. Ou mordu par des chiens. De toute façon il a été enfermé dans une cellule spéciale et privé de nourriture et de boisson.

– Ici la pièce montre la grandeur de l’homme face à une tyrannie. Et quant à la mise en scène, on fera tout ce qu’il faut pour choquer le spectateur au degré le plus élevé possible.

– Oui, la pièce est à la fois plus belle, et plus horrible.

– Arrête, Georges. Tu n’as pas à parler comme ça. Ce n’est pas vraiment une pièce.

– Je le sais bien. Mais je vais te dire une chose, Manneken : à choisir entre les corridas et cette mise à mort par pendaison…

– Eh bien, quoi ?

– Eh bien, je préférerais, et de loin, qu’on supprime à jamais les corridas et leur statut de Patrimoine Mondial, mais qu’en mémoire à ces abominables crimes, on décerne un statut de Patrimoine Mondial de la Mémoire Humaine.

– Je te donne tout à fait raison, mais encore faudra-t-il que l’UNESCO partage ce point de vue.

Encore plus de Manneken-Pis ?

Author: Quentin

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