Manneken-Pis et les 20 ans du BEL20

Tous les anniversaires s’accompagnent toujours d’un bon dîner.
Mais alors, quel diner ! Et quel monde ! On m’a installé à côté de Jérôme K, celui qui avait arnaqué la Société Générale de quelques cinq milliards d’euros.

Le Président de la Bourse de Bruxelles avait fait un discours très applaudi. Il nous annonçait que, pour fêter les 20 ans de cette institution, il avait fait admettre à la Bourse, à l’instar des métaux tels que le cuivre ou l’aluminium, des matières organiques comme les choux de Bruxelles et les petits pois.

Je glissai un mot à mon voisin :

– Personnellement je ne pense pas que ce soit réalisable,
– Et pourquoi pas ?
– Parce qu’on achète des valeurs dans l’attente qu’elles augmentent de valeur. Mais on ne peut pas faire cette longue opération sur un légume frais, tout de même.
– Mais si, bien sûr qu’on peut spéculer sur des choux de Bruxelles.
– Vous pensez ?
– Mais Manneken, ces légumes frais, rien ne nous empêche de les mettre en conserves. Ils ne se dégradent pas. Il me semble que c’est même doublement intéressant.
L’emballage est constitué de fer blanc qui, lui aussi, est coté en bourse. A longue échéance, toutes les valeurs ont tendance à augmenter. Et dans ce cas-ci, l’investiteur y gagnerait deux fois.

Le lendemain, je passai chez mon épicier et lui achetai 100 grammes de petits pois et 150 grammes de choux de Bruxelles. Je mis le tout dans une boîte à conserve et je complétais avec de l’eau. Je coulai de la paraffine et je l’obturai au moyen d’un film plastique et d’un élastique.
A la banque, je demandai combien coûtait une assurance vol pour cet article, mais je fus rassuré quand on me certifia que les objets entreposés dans un coffre étaient couverts d’office, sauf s’il s’agit d’objets de grandes valeur.

– Voilà qui est fait. Il suffit d’attendre et de voir ce qu’il se passe. La prudence est la mère de la porcelaine, non ?

J’étais satisfait d’avoir pris toutes les précautions qui s’imposent.

Rentré chez moi, un e-mail m’attendait.
Jérôme K voulait me voir. On se fixa rendez-vous dans un restaurant végétarien près de chez moi, et c’est là qu’il me fit une proposition alléchante.
-Manneken, j’achète dix tonnes de petits pois et vingt tonnes de choux de Bruxelles. Je te charge de les conditionner dans des boîtes à conserves, et de les transporter dans ma cave. Et tu recevras une commission.
– Mais quoi, Jérôme, tu oses te lancer à grande échelle sur une telle opération ? As-tu bien mesuré les risques ?
– C’est que cette opération dépasse, et de loin, un simple placement.
C’est une manière de planquer mon fric à l’abri du fisc. Il rapporte beaucoup plus que l’intérêt bancaire, et c’est tout à fait légal. Ni vu ni connu.

J’ai fait livrer à domicile, j’ai engagé du personnel pour le conditionnement et l’entreposage, et je me suis fait payer. En choux de Bruxelles et en petit pois.

Encore plus de Manneken-Pis ?

Author: Quentin

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