Manneken-Pis et les ventes d’armes

Manneken-Pis et les ventes d’armes

Installés au café « Au Roi d’Espagne », nous discutions de tout et de rien. C’est-à-dire des ventes d’armes de guerre. Il y avait mon ami Jean, fabriquant de toutes les armes possibles, depuis les catapultes jusqu’au porte-avions. Il était accompagné de son épouse.

Une vendeuse de fleurs passait de table en table. Je lui fis un signe discret, et elle passa s’arrêta à côté de moi.

– Une botte de tulipes rouge foncé, s’il vous plaît. C’est pour Madame.

– Et donc, malgré le fait qu’il y ait une production annuelle de munitions de l’ordre de 15 milliards de dollars par an dans le monde, tu n’es pas satisfait de ton chiffre d’affaire ?

– C’est que la concurrence est épouvantable. Tiens, les contrats sont assortis de cadeaux plus attrayants les uns que les autres. Je ne parle pas des pots de vin. Un voyage à Louxor, tous frais payés, pendant deux semaines avec une escorte girl. Une chasse aux tigres à dos d’éléphant au Cachemire. Un week-end de visite des différents parlements belges : le fédéral, les régionaux et ceux des communautés.

– Je vois. Et tu es obligé de faire de même.

– Bien sûr, mais les budgets ne le permettent pas.
Je me mis à réfléchir et puis je lui tins à peu près ce langage, celui-là même que l’évêque Remi tint à Clovis :

– Brûle ce que tu as adoré et adore ce que tu as brûlé.

Et je le saluai en sortant, en payant la note, bien sûr.

Je le revis quelque mois après. Il m’avait téléphoné pour se rencontrer à « La Brouette ». Ces yeux pétillaient de joie. Il était avec son épouse et il m’invita à manger.

– Je n’ai pas compris tout de suite la portée de ton conseil, mais je l’ai suivi, et maintenant mes commandes affluent de tous côtés. Je ne sais plus suivre.

– Bon. Explique-moi tout ça.

– C’est très simple. Il y a d’abord les cartouches. Elles sont emballées séparément comme des caramels. Et la première cartouche de la commande est gratuite.

– Pas mal.

– Et puis il y a les chars d’assaut. La peinture est au choix du client : rouge pompier, rose tendre, violet ou blanc.

– Pas mal du tout.

– Oui, et on a ajouté une chenille de rechange et un cric.

– Awel !

– Alors il y a les avions. On a intégralement modifié le look. As-tu déjà entendu parler du mimétisme ? On les a peints de telle manière à ce que l’avant est en réalité l’arrière de l’appareil. Pour troubler la chasse ennemie.

– Pas mal.

– Et on a pensé à adapter le parachute de manière qu’il descende plus vite. Actuellement un parachute normal descend à une vitesse de 2 mètres par seconde, soit environ 7 km/h. On a changé la texture du tissu, en faisant quelques trous de 20 cm de diamètre, et notre parachute descend alors à 45 km/h.

– Heuh…

– Et pour les sous-marins, on a pensé au confort de l’équipage. Deux chaises longues et un paquet de cartes à jouer.

– Ah ? Pourquoi des cartes ?

– Ben, ils pourront jouer à « Bataille ».

– Tu vois, hein, Jean, qu’en changeant la manière de voir les choses, on peut changer le monde ;

La marchande de fleurs est repassée, et je lui ai demandé si je pouvais avoir son numéro de GSM.

Encore plus de Manneken-Pis ?

Author: Quentin

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