Manneken-Pis et le changement de l’heure

J’ai toujours rêvé de recevoir le Prix Nobel de quelque chose. Et je suis persuadé qu’un jour on me le décernera.
Peut-être dans un avenir très proche, même.

De toute façon, je vais introduire ma demande maintenant, accompagnée d’un dossier bien ficelé. De quatre mille six cent cinquante-sept pages. De quoi s’agit-il ? Du passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été.

Quoi ? Obliger tout le monde de se lever à 3 heures du matin pour changer l’heure de sa montre ? Vous voulez rire ? Il n’en est simplement pas question. On change l’heure de sa montre pour obtenir un écart entre l’heure solaire et l’heure de sa montre. Ca va de soi. Et on fait cette opération deux fois par an. On commence à Moscou, puis à Prague, à Amsterdam, à Paris, à Dakar. Car il est trois heures du matin petit à petit partout sur la planète.

J’ai proposé, dans mon mémoire de quatre mille six cent cinquante-sept pages, d’arriver à l’heure d’été sans s’occuper de sa montre. Vous rendez-vous compte de l’économie que ça représente ? J’ai estimé cette économie, à l’échelle de l’Europe, à deux milliards d’euros. Rien qu’en comptant les horloges des gares et des églises, à raison de cinq minutes de chipotage par horloge, et de 24 € de l’heure de travail.

Ma voisine, qui tient un café rue du Lombard, ne veut pas me croire.
– Ecoute, Mieke, l’heure du soleil dépend du fuseau horaire où on se trouve. Et il est midi quand le soleil est au dessus du méridien de Greenwich. De l’autre coté, quelque part dans le Pacifique, au méridien opposé, qui est à 180 ° de longitude, c’est la nuit et il est minuit. Et tout ceci est une convention. On a décidé que c’est comme ça.
– Oui, Manneken, mais tu devras tout de même chipoter à ta montre, même si tu es à Greenwich, ou à Vladivostok.
– Donne- moi encore une bière, et tais-toi un peu. Si, au lieu de changer les aiguilles de sa montre, on décide qu’il est midi quand le soleil est au dessus de Berlin, il sera peut-être onze heure au même moment à Greenwich. Et donc, on obtient un écart entre l’heure du soleil et l’heure de sa montre sans bouger aux aiguilles de sa montre.
– Oui, mais tu dois tout de même changer l’heure à ta montre.
– Ecoute-moi sans tout le temps ouvrir la bouche. Donc, pour un voyageur qui est dans l’avion de Bruxelles à New-York, si l’air hotess décide de changer de fuseau horaire de cinq heures, le voyage ne durera que deux heures. Quelle économie de carburant. Et comme les voyageurs seront frais et dispos pour se mettre au travail en buvant une bonne bière! Tiens, Mieke, donne m’en encore une!
 – Tu bois trop, et tu vas devenir zat.
– Arrête un peu. De toute façon je ne serai pas zat, car je suis toujours zen. Mais écoute-moi tout de même une fois. Et comme ça, en tournant un très grand nombre de fois le fameux fuseau horaire de Greenwich, avec une machine, on peut aller se promener dans le futur ou bien dans le passé. Il suffit de donner une nouvelle convention dans ce sens.
– Quelle machine ?
– Eh bien, un moulin à paroles qu’on fait tourner avec un moteur.
– Dans le futur, je veux bien, mais dans le passé, faudrait pas trop chipoter, car Dieu sait ce qu’on pourrait trouver dans ta famille !
– Laisse-moi parler, à la fin.

Tiens je vais te donner toutes les applications qu’on pourrait tirer de ce changement de fuseau horaire : On aurait pu envoyer Hitler, par un retour en arrière redevenir bébé, dans une maison de dingues ; Savoir si la Wallonie va être annexée à la France, par une plongée en avant dans le temps ; Par un retour en arrière, savoir ce qu’il se passait avant le Big Bang ;Par une plongée en avant, savoir quand tu cesseras de m’ennuyer tout le temps…

Encore plus de Manneken-Pis ?

Author: Quentin

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