Manneken-Pis et la Foire du livre de Bruxelles

Manneken-Pis et la foire du livre

On fait parfois des rencontres vraiment bizarres. C’était dans le métro. Sur la plateforme, un homme d’un certain âge, le visage cramoisi comme un soulard, m’adresse la parole.

– Vous allez aussi visiter la Foire du Livre ?
– Bien sûr. J’y vais tous les ans.
– Et qu’est-ce qui vous intéresse ?
– Les biographies des hommes obscurs. Ceux dont on n’ose pas parler.
– Par exemple ?
– Des livres sur le diable, sur la puissance du mal

Je voyais mon interlocuteur me regarder avec un air soupçonneux.

– Vous y croyez, au diable ?

Mais on était déjà arrivé, et il disparut.

De mon coté, je ne perdis pas mon temps. Un de mes amis tenait un stand spécialisé sur les problèmes surnaturels. Il me montra un livre du début du siècle passé, qui parlait du pouvoir de la pensée sur la mobilité des corps cachés ; « Über die Beweglichkeit der versteckten Gegenständen ». J’étais intrigué par le titre de l’ouvrage, et décidai de le prendre, malgré qu’il fût écrit en allemand.
Au moment de quitter le stand, j’ai cru apercevoir mon soulard quitter le même stand.

Un peu plus loin il y avait un autre stand, spécialisé dans ce genre de littérature. Cette fois-ci mon regard fut attiré par une reliure rouge « De l’immobilité transcendante des choses et de leur mobilité apparente », édité à Amsterdam en 1815.

– Vous connaissez cet auteur ?
– Comment ? Son nom ne vous dit rien ? C’est un disciple de Kant.
– Ah bon. Je suis curieux de connaitre son point de vue à ce sujet. Mais il me semble qu’on ait écrit beaucoup sur ce sujet.
– Vous avez raison, mais je dirais plutôt que ça revient à la mode. Si ça vous intéresse, j’ai ici un excellent bouquin. Tenez : « La disparition calculée. » Il s’agit d’une enquête sur la disparition inexpliquée d’objets ayant appartenus à des célébrités. C’est un vrai suspens.

– Bah ! C’est romancé.
– Pas le moins du monde. Vous vous souvenez du mariage de Joséphine Charlotte ? Son frère, le Roi Baudouin, y est allé, mais n’avait pas son sabre. On a envoyé un motocycliste de la garde rechercher en vitesse le sabre en question. Mais là n’est pas le problème. Il devait être dans la chambre du souverain, au château de Laeken, mais il était introuvable.
– Et alors ?
– On l’a finalement trouvé, mais au Palais de Bruxelles. La lame était tachée de sang.
– Bizarre.
– Oui, mais encore plus bizarre, c’est que le lion de Waterloo avait été peinturluré de rouge.
– Ca alors !

Je quittais le stand avec ce livre, lorsque je vis mon soulard disparaître dans la foule. Et au même moment, je réalisais que je marchais sur quelque chose de visqueux. C’était une tache de sang.

Songeur, je me rendis à la station de métro. Je mis la main dans la poche de ma veste, à l’intérieur de mon imper, mais je n’y trouvai pas mon portefeuille. A la place, je sortis un papier plissé avec, en encre rouge sang, ces quelque mots : « Votre portefeuille était bien caché, mais il a disparu. Ce sont des choses inexplicables, mais bien calculées, non ? »

Encore plus de Manneken-Pis ?

Author: Quentin

Share This Post On

Submit a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>