Manneken-Pis contre Manneken-Pis

Manneken-Pis etle vin

On est de plus en plus harcelé par des coups de téléphone de gens bien intentionnés qui veulent vous vendre des articles dont on n’a que faire.
Ce sont en général des demoiselles à la voix plus qu’amicale, et je dois dire que ça me fait toujours grand plaisir de papoter avec elles.
Je les écoute avec beaucoup d’attention, en fermant les yeux, pour essayer de m’imaginer à quoi elles ressemblent.

Mais l’autre jour, à l’heure du midi comme d’habitude, c’était une voix d’homme qui me proposait du vin.
Pas n’importe quelle piquette. Des bouteilles de grands vins. Des Bordeaux « crus bourgeois » remis à domicile, avec en prime un tire-bouchon et un thermomètre spécial.

Je n’aimais pas trop sa voix. Aussi je lui demandai : « Passez-moi donc votre fille. C’est toujours avec elle que je traite ».

– Mais Monsieur, je n’en ai pas.
– Ah ça alors. Passez-moi votre épouse, si vous voulez bien.
– Mais Monsieur, je suis célibataire.
– Ah, ça tombe mal.
– Pardon ?
– Rien. Je pensais tout seul.
– Mais le vin que j’ai l’honneur de vous présenter, c’est un vin que vous ne trouverez pas dans le commerce.
– Ah bon ?
– Oui, il s’agit d’un « Château Comte Manneken Pis » 2008, de la région de Pauillac.
Appellation contrôlée bien sûr.
– Ca alors.
– N’est ce pas ? Et comme client privilégié, je vous fais un rabais de 10%.
– Mais si c’est du Comte Manneken Pis, je vous en achète volontiers une bouteille.
– C’est-à-dire, Cher Monsieur, qu’on le vend par caisse de 12 bouteilles.

Finalement on s’est mis d’accord pour 12 caisses de Château Manneken Pis 2008.
Ils sont tout de même forts, ces vendeurs.

Le vin est bien arrivé. La première chose que j’ai fait, c’est de faire constater par exploit d’huissier que les bouteilles étaient bien intitulés Château Comte Manneken-Pis.
Ensuite j’ai appelé mon avocat, et l’ai chargé de faire procès contre le Comte Manneken-Pis pour usurpation de nom, utilisation frauduleuse de nom en vue d’actes commerciaux illicites, utilisation d’étiquettes à mon effigie sans mon accord préalable (et subsidiairement atteinte à ma vie privée par voie d’images photographiques,) commercialisation de produits périssables sans mon accord préalable, fausse déclaration de lieux d’origine du produit, confusion possible quant à la demande de garantie du produit incriminé dont j’entends bien ne pas avoir à répondre, et enfin appellation contrôlée attribuée à une marque de produit pouvant donner lieu à confusion par rapport aux produits de ma marque.

Ils sont quand même forts, ces avocats.

J’ai perdu le procès, car les vins Château Manneken-Pis ont une antériorité par rapport à moi.
Ils existaient déjà du temps de Godefroid de Bouillon, qui en avait déjà emporté en partant en Croisades et la firme incriminée a encore pu produire le bon de commande.

Oui, ils sont vraiment très forts, les avocats.

Encore plus de Manneken-Pis ?

Author: Quentin

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