Le Nouvel An de Manneken-Pis

On ne peut pas dire que je sois un fervent de la fête de Nouvel An. Car c’est à cette époque-là que je reçois le plus de visite. C’est fou comme les gens viennent me voir avant et après leur dîner de réveillon. Ils n’ont qu’une chose en tête : le dîner de Nouvel An, les cotillons et le baiser de minuit, de préférence sur la bouche. Et croyez-vous qu’ils restent longtemps me voir ? Ou bien ils ont faim, ou bien ils sont saouls. Et comme en plus il fait froid, alors…

Et que croyez-vous qu’ils mangent ?
Certainement pas des boestrings, des sproetjes, du boudin blanc et de la plattekees…

Non, Nouvel An est une fête où on mange comme il faut. Et où on ne regarde pas à la dépense. Ni aux pourboires des vestiaires, ni au coiffeur de Madame.
Sans compter les étrennes, et aussi le facteur, les immondices et tout ça.
Si on ajoute à ça les vœux, et les timbres qui vont de pair, la visite à l’arrière grand-mère maternelle et à la marraine, et tout et tout, on arrive vite à un montant exorbitant, que j’ai estimé, rien que pour notre petit royaume, à quelques cinq cent millions d’euros.
Moi j’appelle ça du matérialisme.

D’abord, pourquoi fêter année après année le cycle complet du soleil sur sa trajectoire. Alors qu’on ne s’est jamais mis d’accord sur la date. Ne voit-on pas les Chinois choisir le 25 janvier, les Arabes encore à une autre date. C’est comme s’il y avait une dizaine de Nouvel An sur notre planète chérie.
Si on fêtait le Nouvel An tous les quatre ans, quand l’année est bissextile, on dépenserait alors quatre fois moins.
Mais j’ai en vue un projet qui fera pour notre planète une économie colossale.

Il y a des gens qui viennent de très très loin, nous rendre visite. Régulièrement. Ils sont si gentils. Ils nous font des grands signes en passant, et allument des tas de lumières ; des bougies, des lampes de poche. Ils nous lancent des pétards même. Et ils font des photos avec flasch. Ils ne restent pas longtemps, guère plus qu’une dizaine de jours, et continuent leur voyage sans s’arrêter. Et ça depuis des siècles et des siècles. Et avec une régularité d’horloge.

Chez nous, une telle ponctualité ne serait pas de mise, avec les grèves des navigateurs du ciel espagnols, des chemins de fer français, des raz de marée, des problèmes liés à Likiweak, des deux Chefs d’Etat de la Côte d’Ivoire et de la tendinite à l’avant bras de Justine Henin.

Alors mon idée, c’est de fêter le Nouvel An avec eux, tous les 76 ans, quand ils viennent nous voir. Qu’on leur fasse quitter leur orbite, qu’ils atterrissent doucement dans la Région Bruxelles Capitale, et quand ils seront tous sortis de leur habitacle, qu’on les invite à dîner, une fois « Bij Bart » pour manger des asperges de Malines à la Flamande, et la fois d’après, « chez Yves » pour manger des moules et frites.

Encore plus de Manneken-Pis ?

Author: Quentin

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