Histoire & origine de Manneken-Pis

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Préface

Le Manneken-Pis est, comme on sait, le plus fidèle habitant et le plus ancien bourgeois de Bruxelles.
Pour le Manneken-Pis, la patrie c’est le coin de la rue de l’Etuve et de la rue du Chêne, à Bruxelles.

Il a été Bourguignon sous les ducs de Bourgogne; Allemand sous Maximilien; Espagnol sous Charles-Quint; gueux sous les troubles; Autrichien sous Marie-Thérèse ; républicain en 1794 ; Français sous Napoléon ; quasi-Hollandais sous Guillaume ; Belge sous Léopold ; et jamais on ne l’a vu plus satisfait qu’aujourd’hui.

Tout le monde sait que Manneken-Pis est la gracieuse représentation en bronze d’un petit homme (Manneken), d’un enfant haut de coudée, d’un amour fixé dans nos murs, car il n’a pas d’ailes, occupé à pisser, et produisant ainsi un filet d’eau limpide.

Il est élevé sur un piédestal, en-châssé dans une coquille de bon goût, garanti par une grille en fer, et pisse depuis des temps très reculés; il est habituellement nu; les étrangers verront bientôt qu’on l’habille en noble Seigneur et en Garde-civiqueaux jours de grandes fêtes.

Histoire et origine de Manneken-Pis

Toutes les villes comptant un passé antique, possédaient autrefois quelque vénérable souvenir, cher au cœur des habitants, et dont les origines se perdaient dans la nuits des légendes.

Paris avait sa Samaritaine, resplendissant sur le Pont-Neuf ; son joyeux carillon rassemblait les oisifs et les chanteurs. Bien des gens du peuple de Paris n’ont jamais pardonné à Napoléon Ier de leur avoir enlevé ce vieux souvenir de la cité.

Gand tient à son Gros Canon, Liège à son Perron, et Bruxelles conserve avec un soin jaloux le palladium de ses ancêtres, représenté jadis par une naïve statue de pierre connue sous le nom de Fontaine du Petit Julien.

L’Europe dans ses grandes prétentions à la moderne civilisation, a supprimé presque partout avec dédain ces antiquités, pou les remplacer par de froides colonnes ; toutefois nous doutons fort que même la Colonne du Congrès puisse jamais atteindre l’âge respectable de notre Petit Julien !

« Plus constants et plus sages, dit l’auteur de la Chroniques des rues de Bruxelles, les Belges ont su respecter ce qu’avaient affectionné leurs pères, et sans nous occuper ici des autres villes du royaume, le Manneken-Pis n’a rien perdu parmi nous de sa splendeur des autres siècles.

Nous l’honorons toujours comme le plus ancien bourgeois de Bruxelles, nous le recommandons à tout étranger qui visite notre facétieux petit compatriote.

On s’est beaucoup occupé de cette petite statue très célèbre sous le nom de Manneken-Pis, qui est, comme l’on sait, la gracieuse représentation en bronze d’un petit homme (Manneken), d’un enfant haut d’une coudée, « d’un amour fixé dans nos rues, dit un de ses panégyristes, car il n’a pas d’ailes, occupé à… fonctionner et reproduisant ainsi un filet d’eau limpide ».

Il est élevé sur un piédestal, enchâssé dans une coquille de bon goût, garanti par une grille en fer, et… fonctionne depuis des temps très reculés au coin de la rue de l’Etuve et de la rue du Chêne.

Tous ceux qui ont écrit sur les faits et gestes du vieux Bruxelles lui ont consacré au moins un chapitre, et nous manquerions à tous nos devoirs, si nous ne suivions pas le bon exemple de nos devanciers, en rappelant à nos lecteurs fin de siècle le souvenir de cet ancien bourgeois de Bruxelles, qui a fait la joie de nos ancêtres.
Des volumes ont été publiés, racontant par le menu les diverses légendes des origines de ce petit bonhomme qui, pendant des siècles, a excité les sympathies bruxelloises.

Les plus savantes recherches, toutefois, ne sont point parvenues fixer d’une façon précises les commencements du culte de cette quasi-divinité du vieux Bruxelles.
Elles n’ont servi qu’à constater toutes sa très haute antiquité.

Une des légendes les plus répandues veut que la fontaine du Manneken-Pis ait été élévée par un riche bourgeois de Bruxelles – d’aucuns disent même un duc de Brabant – qui, ayant perdu dans une fête populaire son fils unique âgé de trois à quatre ans et qu’il aimait beaucoup, le retrouva au bout de cinq jours au coin de la rue de l’Etuve, occupé à… fonctionner comme il le fait encore.

D’autres, plus amis du merveilleux, font intervenir dans son origine une légende de sorcière.

Quelques savants assurent que cette statue a été élevée en l’honneur d’un petit garçon qui sauva la ville de Bruxelles vers le treizième siècle, en éteignant une mèche au moyen de laquelle les ennemis voulaient y mettre le feu. Il éteignit cette mèche en l’arrosant dans la position où nous le voyons encore aujourd’hui, tout comme Gulliver en usa su le palais impérial de Lilliput !
En ce temps de dynamite, cette façon d’éteindre une mèche mériterait certes encore l’honneur d’une statue.

D’autres histoires, plus merveilleuses les unes que les autres, circulent sur ce sujet.

Nous renvoyons nos lecteurs curieux de détails aux abondantes monographies du petit homme. Tout cela prouve, comme je l’ai dit, une antiquité respectable.

D’après le savant archiviste de la ville, ces légendes et histoires du Manneken-Pis bruxellois sont de purs contes, et son origine, qui n’offrit sans doute rien de particulier, est complètement inconnue. « Sa forme, dit-il, doit être attribuée à une de ces bizarreries d’artiste si goûtées de nos aieux ». Quoi qu’il en soit, il paraît bien établi que cette fontaine déjà citée sous le nom de Manneken-Pis en 1452, portait aussi à la même époque le nom Fontaine du Petit Julien.
Elle était alors décorée d’une statue en pierre.

Ce fut le 13 août 1619 que le célèbre sculpteur Jérôme Duquesnoy fut chargé par les receveurs de faire une nouvelle statue en bronze du Manneken-Pis, pour le prix de 50 florins du Rhin, et qu’il produisit la charmante œuvre que l’on admire encore aujourd’hui.

En 1747, les Anglais venus à Bruxelles, toujours amateurs d’originalités, emportaient le Manneken-Pis dans un fourgon, quand les habitants de Grammont trouvèrent le moyen de le reprendre en secret, et après que l’ennemi eût quitté la contrée, ils l’exposèrent sur la Grand Place de leur ville, où l’on peut encore en voir une copie, l’original ayant été bientôt réclamé par les Bruxellois. Peu de temps après, Louis XV entra à Bruxelles. Les Français à leur tour volèrent la petite statue qu’ils ne tardèrent pas à trouver embarrassante, devant l’émoi et la colère de la population bruxelloise.

Ils la déposèrent à la porte d’un cabaret, au coin de la Petite-Ile. Cet événement qui avait causé une grande fermentation dans Bruxelles, faillit s’aggraver encore. Le petit bonhomme, remis en place, fut insulté par quelques grenadiers français, Louis XV, pour éviter une grave collision, fut obligé d’intervenir. Il donna au Manneken-Pis un habit de chevalier, avec le droit de porter l’épée ; il lui conféra la noblesse personnelle – il ne manquait plus que de la donner à ses descendants ! – et le décora de la Croix de Saint-Louis, ce qui imposa aux troupes la nécessité de le respecter, même de lui rendre le salut militaire.

Une fois encore au commencement de ce siècle, en 1817, volé par un forçat libéré, nommé Lycas, Manneken-Pis fut heureusement retrouvé, avec la même chance heureuse qui nous l’a conservé jusqu’ici.
Le voleur fut condamné aux travaux forcés, comme destructeur de monuments publics !

Un fait prouve combien la conservation du plus ancien bourgeois de Bruxelles est, dans l’opinion populaire, le gage de la prospérité de la ville : c’est lors du bombardement de la vieille cité par le maréchal de Villeroy, la première chose mise en lieu sûr, à l’abri des bombes de Louis XIV, ce fut la statue de l’antique Petit Julien.

Le 10 avril 1695, les bourgeois de Bruxelles le replacèrent sur son piédestal, au milieu d’un grand enthousiasme.

A maintes reprises, du reste, ce symbole du porte-bonheur de la cité fut l’objet de grandes distinctions.

Les faveurs de Louis XV avaient eu des précédents. Déjà en 1698, l’Electeur de Bavière lui donna de riches habits, lors d’une fête offerte par ce prince au Grand Serment des Arquebusiers.
L’empereur Maximilien le décora de ses ordres. Après l’expulsion des Autrichiens, on le para en 1789 de la cocarde de Brabant.

Napoléon Ier sollicité de lui accorder aussi une faveur, lui conféra le titre de chambellan. Des poètes lui ont dédié leurs ouvrages; des parfumeurs ont illustré de son nom leurs eaux de senteur;
de riches bourgeois et des princes lui ont constitué des rentes. Vers 1822 encore, une dame de Bruxelles lui laissait mille florins dans son testament !
Il possède huit habits de grande tenue, sans compter la blouse patriotique de 1830; son valet de chambre, chargé de sa toilette et nommé par la commune de Bruxelles, touche par an deux cents florins de gage.

Il a parfois inspiré les rimeurs, voici un quatrain composé en son honneur par un écrivain de l’an XI.

Ma nudité n’a rien de dangereux.
Sans péril, regardez-moi faire ;
Je suis ici comme l’enfant heureux
Qui fait pipi sur le sein de sa mère.

Il y a quelques années ce poste de confiance était occupé par M. Théodore Delsaux, inspecteur général des eaux de la ville de Bruxelles. Il nous a été donné à cette époque de pouvoir visiter la garde-robe du Petit-Julien, précieusement conservée dans une armoire de l’Hôtel de Ville, et nous pouvons certifier qu’il possédait alors, entre autres souvenirs d’une munificence royale : un jabot et des manchettes en dentelles du plus fin point de Bruxelles.

Enfin, ses revenus assez considérables sont assis sur des biens fonds, et ce n’est pas notre précieux Manneken-Pis qu’on eût jamais attrapé à se faire nommer administrateur des sociétés du comte Lagrand-Dumonceau, ni à placer ses revenus en actions de Panoramas. L’administration de ses biens est confiée à un avocat distingué de Bruxelles. En 1843; M. L’avocat Strass occupait ces fonctions aussi recherchées que, de nos jours, celles d’aide de camp du général Belliard.

Les étrangers comprennent plus difficilement l’enthousiasme des Bruxellois pour cet antique palladium, considéré comme le dieu protecteur de la cité.
Il est curieux de réunir leurs impressions.

Un auteur anglais, en 1843, écrivait ces lignes : « Derrière l’Hôtel de Ville de Bruxelles se trouve la célèbre statue nommée le Manneken-Pis (sic); une statue beaucoup plus inconvenante( indélicate) que gracieuse, et à laquelle je n’aurais certainement fait aucune allusion, si ce n’était que cette petite figure indécente est considérée par le peuple de Bruxelles comme une sorte de patron de la ville, un dieu du foyer domestique sans lequel leur cité se perdrait».

Ce qui n’empêche pas l’auteur anglais de consacrer six pages de son volume à notre indécent Manneken-Pis !
Dix ans plus tard, un écrivain français juge le même sujet avec une légèreté toute parisienne.

Nous ne saurions, dit-il, décemment omettre, en fait de monuments ou de curiosités bruxelloises, le Manneken-Pis.
Qui ne connaît, au moins de réputation, cette facétie locale, d’un sel un peu gros et d’une définition assez embarrassante en la prude langue française ?
Le Flamand ne connaît aucune de nos vergognes ; le Flamand dans les mots brave l’honnêteté.
Hier is’t verboden te pissen est une inscription qui se lit fréquemment sur les monuments publics.
Or le Manneken-Pis est l’ornement assez flamand d’une assez hideuse fontaine (oh ! oh !) formant l’angle des rues de l’Etuve et du Chêne. La statuette elle-même est jolie; elle est de Duquesnoy, en bronze, et a été substituée au XVIIe siècle à une précédente en pierre, qui existait là de temps immémorial. Il n’est sorte de contes qu’on n’ait fait à propos de cette petite impudicité artistique.»

Puis l’auteur continue :

C’était le palladium de la ville, comme l’est le fameux Perron à Liège; y toucher eût été comme porter la main sur les dieux-oignons ou dieux chats de l’Egypte. Ce qu’il y a de certain, c’est que cette gaillardise très hardie (sic) a été depuis plusieurs siècles et est encore parfois un prétexte de plaisanteries.

«Le Manneken-Pis est chevalier de je ne sais combien d’ordres. A certains grands jours on l’habille de pied en cap; on lui met l’épée au côté et ses crachats en sautoir.
C’est dans cet équipage qu’il remplit son office de borne-fontaine : le quartier ne se sent pas d’aise et les passants rient à se tordre ».

Voilà un beau sujet de gaieté, en effet.
Plusieurs souverains ont cru faire leur cour aux Bruxellois en flattant cette assez ridicule manie, et c’est ainsi que ce petit bonhomme est à lui tout seul chambellan de l’Electeur de Bavière, chevalier de St-Louis, grenadier de la garde, officier de la garde-civique, etc.

« Pour le Manneken-Pis, la patrie c’est le coin de la rue de l’Etuve et de la rue du Chêne, à Bruxelles.

Il a été Bourguignon sous les ducs de Bourgogne; Allemand sous Maximilien; Espagnol sous Charles-Quint; gueux sous les troubles; Autrichien sous Marie-Thérèse ; républicain en 1794 ; Français sous Napoléon ; quasi-Hollandais sous Guillaume ; Belge sous Léopold ; et jamais on ne l’a vu plus satisfait qu’aujourd’hui… »

3 Comments

  1. à ce jour combien de costumes comprend la garde robe du manneken pis

    bien à vous merci

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  2. À ce jour, très exactement 911 costume.

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