Manneken-Pis et le non

juil 17, 2011 by

Le festival de Cannes s’est clôturé en beauté, et mon film a obtenu pratiquement tous les prix.

- Et Manneken, comment est tu arrivé au nom de ton film ? C’est tout de même un drôle de nom, NON, pour un film. ?

- Sapristi, je ne pouvais, pour ce film, vraiment pas trouver de nom mieux approprié que celui-là, non ? Un film qui s’appelle NON, pourquoi pas, non ?

- Et il raconte quoi, ce film ?

- C’est à la fois un long métrage et un documentaire. Il décrit la longue crise que la Belgique a traversée depuis plus d’une année.

- Et quels sont les prix que NON a remportés ?

- D’abord le prix du meilleur acteur masculin, attribué à Bart de W.

- Non !

- Et celui de la meilleure interprétation féminine, pour Joëlle M.

- Non !

- Et puis le Prix du meilleur scénario, pour Bart de W..

- Non !

- Et le Prix du Public, pour Bart de W.

- Non !

- Et le Prix du Meilleur Dialogue, pour Bart de W.

- Non !

- Le Prix du film le Plus Long, aussi.

- Non !

- Et le Prix du meilleur Film Etranger.

- Non !

- Et le Prix du Meilleur Metteur en Scène, à Bart de W.

- Non !

- Et le Prix de la Meilleure Finale.

- Mais Manneken, la finale, en réalité, il n’y en a pas, non ? Comment es-tu alors arrivé à cette finale ?

- Mais non, pas du tout. La finale de mon film est réaliste au plus haut point.

- Non mais tu divagues ? Raconte comment elle est, la finale.

- Hé bien, Jefke, il y a la démarche du Souverain, qui demande à chacun de prendre le temps de réflexion, pour arriver à une solution. Et si tu analyses cette demande, alors tu trouves aussi la solution au
problème.

- Awel, Manneken, là tu m’épates !

- Mais non, c’est très clair. Il demande de ne pas tomber dans le piège de ce qu’on appelle la « fatigue de l’esprit ».

- Peut-être que je suis un peu fatigué, mais je ne vois pas où tu veux en venir.

- Bon, c’est un peu compliqué, mais je vais essayer de t’expliquer. Quand un problème te sembles un rien compliqué, tu as tendance à dire ; » c’est beaucoup trop compliqué » et tu laisses tomber. C’est
ça la fatigue de l’esprit. Et la crise actuelle n’est rien d’autre que ça.

- Et raconte-moi la finale.

- Voilà : tous les intervenants se mettent enfin à la table de discussion.

- Ah ça non, je n’y crois vraiment pas.

- Tu veux m’écouter, non ? Et ils se mettent d’accord une fois pour toute sur la scission de la Belgique. Pas le long de la frontière linguistique, mais selon les frontières actuelles du Royaume.

- Mais c’est quoi cette blague ? Il y a scission, ou non ?

- On fait la scission à exactement 1 millimètre de la frontière actuelle du Royaume.

- Alors on perd un millimètre le long de la totalité du contour de la Belgique.

- Ce n’est pas perdu. On donne ces terres aux Pays-Bas, à l’Allemagne, au Grand-duché et à la France.

- Et après, Manneken ?

- Les Flamands gouvernent en toute démocratie, avec l’aide bien sûr des Bruxellois et des Wallons, sans oublier les Germanophiles. Toute entorse à la Constitution ou aux principes de la Démocratie étant
soumise au Conseil de l’Europe, qui jugera.

- Et Bruxelles, là-dedans ?

- Bruxelles, c’est un peu comme le Vatican : une Région à part entière qui est le Siège Permanent de l’Union Européenne. Un Etat Europe, dont il faudra définir ses compétences et son statut.

- Non mais !

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